lundi 27 février 2012

On l'écoute et on l'assume (VII) : la 8bitrock d'EscapeHawaii



La plupart des espèces vivantes s’adaptent en fonction de la modification de leur environnement. Parfois certaines s’égarent, adoptent une morphologie incongrue qui les fait disparaître. Race endémique bavaroise, n'ayant quasiment jamais quitté les environs de Nürnberg, EscapeHawaii – Bernd Haas en allemand – dont les aberrations génétiques ont eu raison de sa survivance, est une curiosité, un taxon rarissime qui rejoignit en 2009 la triste liste des dodos, des minitels et du Concorde. 



C’est le flux continu d’innovations musicales qui a engendré cette chimère 8bitpop rock teutonique. Paroles mi-anglaises mi-allemandes, criées avec hâte, toujours sur la brèche entre mélodie et rage ; instrumentation 8bit soutenues par des boîtes à rythmes grasses et pesantes ; esthétique sonore sombre et incisive. Si l’insularité crée des isolats biologiques d’une extrême fragilité, ici ce sont les invasions répétées de courants nordiques qui, à l’approche des Alpes, ont créé cet épiphénomène qui fond le rock dans l’électronique kitsch, pour le recouvrir de phrasés punk (Bitte sag mir jetzt sofort, was läuft falsch in dieser Stadt”, soit "Dites-moi s'il vous plaît ce qui ne va pas dans cette ville"). La 8bitpop, c’est pas que de la gaudriole ; écoutez What a nice collection, on est loin de la bubblegum pop décérébrée. 


Il n’y a pas de place sur cette Terre entre la Nintendocore de Crystal Castles et les arcs-en-ciel numériques de Freezepop. La place est trop étroite, les liaisons sont trop audacieuses, les contradictions trop fortes. Après un seul album, It’s The Plastic In Your Eyes That Lies, publié sous le microlabel Musikfladen , Escapehawaii est mort en 2009 dans les abattoirs de Wiesbaden, des suites de son inadaptation spatiale et temporelle. Mais un petit frère est né à Oakville dans l’Ontario, il s’appelle J. ArthurKeenes et est, aussi loin que nous le sachions, vivant. Se rattachant à des branches plus mélancoliques, ses chances de survie sont peut-être plus élevées, et il préservera on l’espère ce microscopique écosystème dans un souci primordial de musicodiversité.


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