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lundi 22 octobre 2012

The Dark Side of the Stars (IV) // BACKSTAGE INCRUSTE // De Ted Horowitz à Popa Chubby : en quête de blues…


Notre fan professionnelle à encore frappé un grand coup ! Après sa brève mais intense romance télépathique avec Jack White (le live report du concert du bonhomme de Nashville à Lyon le 4 septembre dernier c’est par là !), voila l’inépuisable Mlle P.M qui jette son dévolu sur plus de 100 kilos de mythe vivant en concert le 16/10 à Montpellier : le légendaire Popa Chubby, poids lourd tant au sens propre qu’au sens figuré, de la scène blues-rock New Yorkaise. Et pour tchatcher et se remémorer le bon vieux temps avec le beau gros bébé ca n’est pas bien compliqué… Il suffit d’un généreux verre de vin ! Récit de la rencontre en backstage avec citations, anecdotes et tofs de pola à l’appui !


Popa Chubby est un gros monsieur chauve, tatoué, transpirant, légèrement inquiétant, qui à la fin du concert donne ses médiators aux gamins qui sont venus le voir ; c’est un ex-punk roi de la rock’n roll attitude qui lance « Bisous !! Bisous !! Bisous !! » à son public ; C’est un dieu de la guitare avec qui on peut parler de tout et de rien (Popa Chubby : Comment tu fais, tu as vraiment une belle peau ! ») ……………….. . . .  .  .  .   .   .     .     .      .         .


Mardi soir, Popa était au Rockstore à Montpellier, pour offrir 3h de live phénoménal incluant son dernier album  Back to New York City.

Depuis quelques années, Popa Chubby est encensé – à juste titre – pour ses reprises de Purple Haze et Hey Joe. Rapidement classifié dans notre mémoire collective et sur YouTube comme LE bluesman quinquagénaire type. C’est le genre de ceux qui ont bien conscience que le blues est une musique historique chantée par les noirs dans les champs de coton et que ça, ça mérite le respect !








Popa Chubby : THAT’S BULLSHIT ! Le blues, c’est quand tout foire et que bien sûr t’es seul comme un con. Le blues, c’est chaque fois que tu te dis "LA, C’EST LA MEEERDE". 

« C’est la merde », Popa le dit souvent en français. Il connait bien la France et il fait partie de ces artistes prolifiques qui ont compris que le français aime le blues : un album et une tournée européenne par an, avec nombre de dates dans l’hexagone. Toujours dans de petites salles systématiquement pleines à craquer, deux heures de concert minimum avec bain de foule, signature d’autographes et photos à la fin (plus vin en backstage si affinités…).


DM : Mais après un concert comme ça, tu ne rêves pas de prendre une douche et d’aller dormir ?

Popa Chubby : Je ne peux pas dormir après les concerts, j’ai trop d’énergie, surtout avec un public comme ça. Regarde, je tremble encore ! 

Et si vous êtes de ceux qui vont en backstage, vous saurez que Popa Chubby n’est pas un simple mortel qui reprend du Jimi Hendrix, c’est un être élu qui flaire le blues dans toutes ses manifestations : dans le rock’n roll, le jazz, le métal et même la musique classique…


                          

Et vous saurez peut-être aussi qu’à l’époque où on l’appelait encore Ted Horowitz il a joué dans des groupes d’ horror rock, de punk, de new wave, et qu’il nous reste encore beaucoup de choses à découvrir de lui.

Popa Chubby : Tu sais, je suis connu pour faire ces reprises de chansons de Hendrix. Il y a des choses pires dans la vie ! »

Des choses pires…  Par exemple avoir 16 ans dans le Bronx à la fin des années 70, être héroïnomane et jouer dans le métro avec une guitare à 79$. Il a joué de tout, tout ce qu’il pouvait entendre à la radio : les Beatles, les Stones, Led Zep, Hendrix, Donovan, Elton John, tout ce que les gens avaient l’air d’aimer.
A tout juste 18 ans il répond tout naturellement à une petite annonce du journal local : le CBGB cherche un guitariste. Il y va en métro et rencontre Screaming Mad George un bassiste japonais spécialiste des effets spéciaux qui le prend dans son groupe de Horror Rock.



C’est la grande période du CBGBs ! Il se souvient même du premier show des Ramones, des Runaways, des Cramps, et il part en tournée avec les premiers punks New Yorkais : The Voidoids.
Quand le groupe se sépare, Ted se retrouve de nouveau à jouer dans la rue. Il fait la manche à Central Park quand il croise Pierce Turner avec qui il enregistre des ballades dont The Sky And The Ground   applaudi par le magazine Rolling Stones en 1989, et ils partent en tournée en première partie des Stranglers.




Popa Chubby : On était juste les mauvaises personnes pour ouvrir pour les Stranglers, Pierce faisait une musique sensible. Le public des Stranglers venait surtout pour voir le bassiste JJ Burnel, un français, veste en cuir, karatéka, qui balançait des coups de pieds et ce genre de trucs. Un soir des mecs du public m’ont traité de gros bâtard et je leur ai lancé un seau d’eau à la figure. Le lendemain ils m’attendaient en backstage pour me dire qu’ils m’adoraient et qu’on était amis pour la vie! C’est l’attitude rock’n roll, il ne faut pas rester spectateur. 

S’ensuit une période de petits boulots à repeindre des appartements le jour et jouer avec des groupes la nuit.
Popa Chubby : Je détestais ça ! Et en 1989, beaucoup de bars ont ouvert à New York. Je me débrouillais à la guitare et je savais un peu chanter alors j’ai commencé à jouer en solo, parce que comme ça je pouvais faire 3 concerts par nuit.»

C’est Bernie Worrell, le chanteur de Parliament Funkadelic, qui lui a donné le nom de scène ‘Popa Chubby’ pendant un jam en 1990.

S’ensuivent 25 albums, 2 dvds de masterclass, environ 200 shows par an (Popa Chubby : J’ai une maison à New York tu sais, sauf qu’en fait j’habite à l’hôtel ! » ) et toujours une ouverture d’esprit dans sa façon de voir la musique, dans son rapport avec le public, dans l’envie de se renouveler, d’avancer pour rester dans « ce qui est vrai ».

Popa Chubby est une expérience désorientante à vivre absolument.



« Mais tu sais, vous avez aussi des bons guitaristes en France. Encore un peu de vin? J’ai fait des trucs avec Luuuis Bertignac. Et il y a mon ami Paul Personne. Et Personne en français il parait que ça veut dire ‘Nobody’! Hahaha ! Tu devrais m’apprendre le français. Enfin, Paul en fait il est Belge. C’est comme votre chéri, Johnny Hallyday, je le connais un peu lui aussi. Ben il est pas français, il est Belge. Mais bon, ici vous dites tous que c’est Elvis alors… »





mercredi 10 octobre 2012

Sarah W. Papsun : Première partie en or massif !



C’est bien connu, un train peut en cacher un autre… Et gare à l’imprudent un peu trop pressé !  Et bien le parallèle entre le monde ferroviaire et celui de la musique live est on ne peut plus pertinent,  quoi qu’il en paraisse à première vue.  Démonstration implacable et empirique en trois temps… (Ou, comment à tout moment une première partie inconnue portant le nom improbable d’une ancienne correspondante américaine peut débouler sans crier gare ! )

Situation initiale :

Jeudi 27 septembre 2012  tout hipster se respectant un tantinet se devait de faire acte de présence dans l’un de leur QG parisien, La Gaîté Lyrique. Le motif ? Le concert évènement de LA révélation hype 2012 : Breton.

 Dès la file d’attente voilà les plus beaux spécimens du cheptel qui patientent avec flegme en pavanant aimablement. Et à ce jeu, même les paons du parc de Bagatelle peuvent aller se remplumer direct, car ceux là sont imbattables pour faire la roue…  Tout le monde a sorti ses plus belles lunettes en plastique coloré, (dé)repassé son plus beau T-shirt déchiré/décalé, floqué d’une citation de Nietzche  en serbo-croate, rasé l’arrière de son crane et vérifié que la longueur de la mèche de devant leur obstruait bien toute visibilité à plus de 50 cm.  
Après  l’ascension du superbe escalier orange nous voilà directement au paradis : le foyer du vénérable Théâtre de La Gaîté, conservé par un furieux geste de postmodernité architecturale « dans son jus » au milieu d’un bâtiment tout de zinc et de plastique fluo tapissé. Et il faut bien avouer que le rinçage de gosier pré-concert prend ici une dimension toute aristocratique. C’est donc d’un pas nonchalant de circonstance que nous nous baladons maintenant dans la vaste pièce pour un fascinant safari socio-stylistique. Et quelle chance, les espèces les plus rares sont de sortie ! Nous croisons même au détour d’une superbe chemise à carreau le grand Günther Love, sa fière moustache et une partie de sa troupe de non-musiciens professionnels de choc (NDLR :les Airnadettes, 1ère comédie musicale de Air Guitar) ! Non, mais vraiment cet endroit est fascinant… Et ce qui devait arriver arriva ! Dans la béatitude extatique dans laquelle nous plongeaient cette gravure de mode vivante et les effets de la bière nous avions complètement loupé le début du show…La base de toute attitude branchée consistant à arriver en retard d’un air affable et détaché, nous ne pouvions pas nous calquer sur nos congénères de déambulation.

Panique à bord donc, et en moins de temps qu’il faut à notre pote Gunther pour accorder sa gratte imaginaire nous voilà dans le cube argenté, au cœur du saint des saints…

Elément perturbateur :

Stupeur et tremblement ! Un groupe est déjà sur scène en train de martyriser sans la moindre compassion ses instruments à grand coup de bras, doigts et pieds. Les sauvageons balancent, visiblement sans le moindre effort, une tempête sonore décoiffante. L’affolement est à son comble ! Serait ce déjà Breton qui serait en train de jouer des inédites dont nous avons bien loupé dix bonnes minutes ??? Et il faudra bien deux chansons pour se rendre à l’évidence : « Non… Impossible ! et puis d’ailleurs voilà une batterie floquée Breton qui se cache à l’arrière de la scène… ».

Mais la gifle auditive de cette mystérieuse première partie reste bien intrigante. Les sales gosses mancuniens seraient-ils venus dans leur valise avec des clones maléfiques confectionnés dans leur mystérieux Lab pour envahir le monde ? Est-ce l’expérience des scènes de Manchester  qui donne ainsi autant d’assurance et de précision à un groupe visiblement plus proche du bac à sable musical que du l’intronisation au Hall of Fame ?  Et durant la vingtaine de minutes que durera encore ce set cathartique, pas une seule fois le groupe ne rompra la transe électrique et martiale dans laquelle il semble vouloir maintenir les spectateurs prisonniers.


Dénouement :


Les lumières se rallument sur une salle qui semble légèrement hébétée, mais qui déjà attend avec fièvre les stars de la soirée…  Parfaitement rodé le show électro-pop-rock-hiphop-symphonique de Breton porté par les projections, les bons mots de Roman Rappak et la symbiose musicale de l’ensemble, est un succès absolu et mérité! ( Lien vers une chronique digne de ce nom du concert de Breton par ici !  ) . Mais revenons à nos moutons : l’attentat musical sans nom de la première partie… 



C’est en rentrant dans nos pénates que nous découvrirons son nom étrange : Sarah W. Papsun . Et pas sujets de sa majesté pour un sous les six garçons ne sont autres que des petits parigots (têtes de veaux) ! Et d’ailleurs avec un single intitulé Drugstore Montmartre comment cela aurait-il pu en être autrement ? Mais les types lorgnent clairement vers la Perfide Albion et c’est la découverte du math rock révolutionnaire des Foals a Oxford du temps où ces derniers s’appelaient encore The Edmund Fitzerald qui sera décisive. 
Quelques clips, EP’s et chansons éparses permettent de confirmer les impressions du live.

Les six membres du groupe nous  balancent bien leurs tripes à la figure sur chaque nouveau morceau ; et cette boucherie n’est pas pour déplaire à nos instincts les plus primaires de mélomaniaques compulsifs… Au gré d’un Drugstore Montmartre solaire, d’un Hey Hey lunaire et de clips malicieusement terre à terre, les quelques compos se déploient avec aisance et naturel. Un festivalier ayant trop traîné ses guêtres sur les champs boueux du cru 2012 des festivals hexagonaux de l’été ne pourra s’empêcher de noter la proximité entre le chant haut perché et la voix métallique de Mat Bad, diable à ressort de SkipThe Use. Notamment sur les sautillants Pay Try. Mais le résultat particulièrement fignolé se rapproche plutôt des pérégrinations mathématiques de Tall Ships, de Gallops ou des Battles. Et même quand, comme dans Kids of guerilla, il s'agit de ralentir intelligemment le rythme l'épreuve est validé haut la main...


Et nous ne sommes pas au bout de nos surprises ! Après une rapide enquête sur le WorldWideWeb les infos affluent ! Loin d’être de jeunes lions boutonneux et sur-testostéronés prêt à en découdre avec la vie, nous voilà face à une bande de bons vieux potes trentenaires revenus à la musique sur le tard…  Entre le métro/boulot/dodo les voilà qui, en 2009, ont la génialissime idée d’épousseter leurs vieux instruments poussiéreux d’ado et de retenter d’en sortir quelques gémissements… Et le résultat va au delà de toutes espérances ! Pas mal de concerts, quelques enregistrements, plusieurs clips rigolos, puis des tremplins remportés…Et tout s’enchaîne avec pas mal de premières parties prestigieuses…  Acharnement, maturité, beaucoup d’humour et la machine contre toute attente semble plutôt bien lancée.

Et comme ils l’analysent si bien dans une Interview pour Le Transistor « Notre atout : la vieillesse ! On n’est pas matures, on est sur le déclin… y’en a un qui est chauve et deux qui sont impuissants ! »
Quoi de plus approprié que de conclure maintenant sur la morale d’une fameuse fable de La Fontaine ? « Rien ne sert de courir, il faut partir à point. » qu’il disait…  Et visiblement Sarah W. Papsun, invité surprise de la course n’aurait eu aucun mal à coiffer au poteau lièvre et tortue en partant bien longtemps après les deux compères…




mercredi 26 septembre 2012

Il n’y a de divin que le jazz et Avishai (Cohen) est son prophète !


Mais qui est donc Avishai Cohen ? Selon la bio officielle, trouvée en trois clics sur Wikipedia & Cie, ce jeune prodige de la « cinq cordes » qui affole les journalistes musicaux spécialistes es jazz, est né il y a quelques 42 printemps dans un kibboutz du nord d’Israël. Mais on ne nous la fait pas à nous celle-là ! Comment l’être à l’origine du si parfait et intimidant météore musical Continuo, directement tombé des étoiles le 23 mai 2006, pourrait-il avoir à peine moins d’un demi siècle ??? Bon ok, un certain barbu de Nazareth avait 33 ans le jour où il s’est amusé à faire de l’équilibrisme sur deux bouts de bois et qu’il en est entré dans l’histoire. Mais à l’époque  ce garçon là était over-pistonné ! Avec sa filiation vous me direz… Alors que du côté d’Avishai, mis à part quelques vagues zicos pas grand-chose à retenir de l’arbre généalogique à moitié déraciné du bonhomme. Pas même un petit prix Nobel de littérature, ni même un prophète de 3ème division…  C’est un coup à se convertir à l’hindouisme dare-dare. Parce qu’avec le concept de réincarnation on pourrait trouver pas mal de réponses au mystère de cet OVNI musical millénaire. 

Entre jazz, pop, sonorités classiques, musique orientalisante et même rock, le disque semble faire un impossible grand écart à travers les continents, les époques et les genres… Et tout cela sans risquer la moindre luxation musculaire ! Le chaînon manquant musical qui permettrait à tous de se tenir par la main en dansant et en riant ? Who knows… 




Quoi qu’il en soit au moment de la parution de ce petit bijou sonore (2006)  Avishai Cohen n’en est pas à son premier miracle. Le musicien prodigue a déjà publié six albums plus qu’honnêtes sous son nom et a participé à de nombreux enregistrements live et studios pour des musiciens jazz de renom, dont Chick Corea, son mentor. 

Mais avec Continuo, disque exclusivement instrumental,  les mélodies et les rythmes du trio s’imbriquent à la perfection les uns dans les autres ; une sainte trinité sacré : Au nom de la basse, du piano et de la batterie, Amen… Ainsi, c’est comme si la chaude contrebasse d’Avishai,   le clavier sautillant de Sam Barsh, et les parties de percussion élastiques de Mark Guiliana constituaient les différents encéphales d’un unique et même cerveau. Chacun va remplir un rôle bien précis, mais tous seront parfaitement coordonnés au service d’un chef d’œuvre de mécanique cérébrale à l’origine de l’étincelle de la vie. Et plus que de la vie c’est de mélodie et de groove dont il est question ici ! Sur un titre comme Smash on se demande vraiment si Flea le bassiste des Red Hot Chili Peppers ne se serait pas tapé l’incruste dans le studio d’enregistrement, tant les plans développés lorgnent vers des trames outrancièrement funky !

Mais le talent de compositeur et d’arrangeur du leader, la parfaite exécution des deux autres musiciens et leur aptitude  à coordonner l’ensemble, ne suffiraient pas à expliquer la singularité de Continuo dans la foisonnante discographie d’Avishai. L’histoire musicale est truffée de compositeurs n’hésitant pas à stimuler leur encéphale à grandes bouffées d’opiums, alcool,  LSD, marijuana, ecsta et autres substances pas vraiment recommandables. Et bien ici le bouillonnant cerveau va aussi avoir recourt à un puissant stimulant qui, tout au long du disque  soulève des nuages étouffants de sable brûlant et imprègne ses moindres recoins d’une inimitable odeur de Méditerranée et d’Orient : le joueur d'oud Amos Hoffman, également israélien. Dès l’ouverture de Nu Nu son jeu évanescent marque l’opus de ses sonorités millénaires.




Nu Nu opère une parfaite synthèse de l’ensemble. Changements de rythmes incessants, successions de phrasés musicaux beaucoup plus complexes qu’ils n'en ont l’air à première vue et inextricables enchevêtrements d’instruments. La contrebasse claque, grince et ronfle avec la brutalité et l’intransigeance de celui qui sait que les autres savent qu’il est LE boss. Mais ce n’est pas cela qui va empêcher les nombreuses réactions d’orgueil qui truffent les parties des deux fortes têtes au service du maestro. Alors que le piano tente de prendre le contrôle de pas mal de morceaux (Samuel, Elli, Calm, Arava),  la batterie quant à elle part régulièrement dans de frénétiques et bruitistes démonstrations de force bien trop impertinentes pour un album estampillé de la sérieuse labellisation « Jazz music ». Mention spécial du jury au solo de batterie d’Emotional Storm dont on se demande très sérieusement si Mark n’aurait pas discrètement refilé ses baguettes à Shiva (dieu hindou pouvant avoir jusqu’à dix bras) pour l’occasion !
  



Parfaite BO d’un film qui n’a jamais vu le jour, les pistes ne demandent qu’à habiller de grands moments du 7ème art. La scène d’introspection d’un vieillard qui pose sur sa vie un regard lucide, nostalgique et sans concession au crépuscule de sa longue existence magnifiée pour le nostalgique thème de piano d’Elli ? Et si One For Mark servait à renforcer la détermination d’un jeune premier enfin prêt à retourner des montagnes pour la belle à laquelle il est sur le point de déclarer sa flamme ? Et quoi d’autre qu’une bonne vieille baston pour l’explosive intro de Smash ? A moins qu’une chevauchée solitaire vers l’infini ne convienne mieux au thème inlassablement répété ? …

Elli by Avishai Cohen on Grooveshark
One for Mark by Avisahi Cohen on Grooveshark

Pour le reste, de Ani Maamin à Continuo en passant par Samuel ou Emotional storm l’économie de mots serait plutôt de rigueur. Musique inqualifiable et introspective, elle saura se frayer sans mal un chemin dans les synapses de chacun et y trouver un petit coin où s’y lover délicatement … et pour longtemps. Et là ou l’âme est en pleine conversation avec émotions et sensations, pas besoin de maîtriser la marche dans les terrains glissants du solfège et de la musicologie pour apprécier les joyaux qui composent le disque (Ce qui n’empêchera pas bien sûr une deuxième lecture plus cérébrale et technique pour les érudits de la Blue Note).


Flash Spécial live: Et pour les petits curieux hexagonaux, Avishai Cohen sera en pleine opération messianique de conversion et de séduction du public  parisien le 20 octobre prochain, pour un concert exclusif  au Café de la Danse ! Il s’agira à cette occasion de défendre son tout nouvel album Duende, de facture beaucoup plus classique que Continuo, mais tout de même de très bonne tenue.



jeudi 6 septembre 2012

Bonus Tracks (IV) // LIVE REPORT: Et Jack White se mit à jouer du Jack White ...


Bon, autant mettre les choses au point dès le début de ce nouvel article. Monsieur Jack White n’a certainement pas besoin d’un petit Live Report de rien du tout, provenant du fin fond des égouts de la blogosphère franco-française, pour épauler son féroce arsenal de communication. Mais c’est en victime consentante et tout acquise à sa cause musicale que nous ne pouvions rater l’occasion de publier un papier aux petits oignons sur l’une de ses (trop rares) virées hexagonales. Même Kaa le pernicieux hypnotiseur du Livre de la Jungle de Kipling n’aurait pas fait mieux… C’est donc Mlle P.M,  esclave de toutes les pérégrinations sonores du bonhomme de Nashville qui s’est jeté dans la gueule du loup à l’occasion de son show  lyonnais du Transbordeur le 4 septembre dernier. Et selon nos dernières informations, il n’en aurait fait qu’une bouchée ! Voici la déposition que la maréchaussée aurait par la suite recueillie …



« En attendant devant le Transbordeur (Lyon), je visionne des vidéos de la dernière fois que j’ai vu Jack White, au concert des White Stripes en juin 2007. Mais ce soir, ce n’est ni les Stripes, ni les Raconteurs que je viens voir et je me demande… Que vaut-il tout seul? Dans quel univers va-t-il  nous entraîner? La facilité serait de nous servir un « very best of » incluant les singles de son nouvel album, les classiques des Stripes, quelques succès des Teurs et une ou deux reprises dont il a le secret. Et ce serait top. Mais j’en attends un peu plus…

A l’ouverture de la salle le groupe Peggy Sue, chargé de la première partie, finit la balance sur scène. Dans un coin, le technicien de Jack White accorde et vérifie méticuleusement chaque guitare comme un mafioso qui graisserait son calibre.



Peggy Sue commence par nous proposer un combo intéressant : vocal/guitare ; vocal/guitare/caisse claire ; basse/caisse claire ; batterie. Du rock froid et lisse  acidulé par deux voix féminines, techniquement parfait, mais quelque chose ne prend pas et l’envie semble manquer. Est-ce la balance à l’arrache, l’accueil tout juste poli du public ou le fait d’être entourés par les draps bleus de Jack?



Les chanteuses remercient Jack White et enchainent sur une reprise vocale de Hit The Road Jack (facile mais sympa). Encore une ou deux chansons pas très motivées et les musiciens sortent. Un mec à côté de moi me demande «Ca commençait juste à être bien non ? ». Oui, la dernière était de loin la meilleure !

A peine Peggy Sue avait fini que les roadies de Jack envahissent la scène. C’est une mécanique rodée que les fans du monsieur connaissent : costards et chapeaux noirs s’agitent pour préparer les instruments selon un rituel minuté. Seul petit changement : les cravates et bretelles rouges sont devenues bleu clair depuis Blunderbuss.




Enfin, Jack arrive et commence fort, vite, et saturé. Il regarde à peine le public et enchaîne Black Math et Sixteen Saltines. Check.


Les photographes officiels sont cordialement priés de partir par des roadies qui les poussent vers la sortie et le vrai concert commence : Jack a la voix fatiguée mais peu importe, il enchaine pas mal de chansons des White Stripes entouré par des musiciens hors pair.



Les musiciens sont autour de lui : batterie à sa droite, basse en retrait, violon et slide guitar derrière lui, piano et clavier à sa gauche. Il est au centre et le crew ne le quitte pas des yeux, attentif à tous les signes.



Les instructions sont rapides, un oui de la tête : commence un solo, un regard : chante à ma place, un geste en l’air : stop!, une tape sur l’épaule : laisse-moi ton piano, un geste vers les coulisses : une violoniste entre en scène. Parce que les filles des Peacocks sont toutes là en backstage, Jack choisit le jour même avec qui il jouera le soir : son groupe masculin ou féminin.

Il s’impose en chef d’orchestre, chaque musicien est un instrument à part entière et il lance sans arrêt des instructions, chacun doit suivre et est récompensé par de grands sourires.

Jack White s’éclate.

Content de sa musique, il est à fond –rock et sexy- , lance des grands « YEAH » et chambre le public.
Il explique qu’il sait que les français détestent la country depuis toujours, alors il va en jouer pour qu’on puisse passer à autre chose.



Le concert a été épique, tout s’est passé à une vitesse fulgurante, trimballés entre Love interruption, une version de Dead Leaves and the dirty ground au piano, un Hotel Yorba en evil country, Top Yourself, Hello OperatorFreedom at 21 gras et saturé, et Seven Nation Army version light – pour la route.

Pas de rappel, mais le public est ravi. Jack a fait le tour de son répertoire et de ses différentes facettes et formations sans servir un « very best of » au public lyonnais. Jack White, grand architecte de son propre univers.... Juste Parfait. »  




  

jeudi 12 juillet 2012

Bonus Tracks : Live report : la place de concert à 1000 balles


Bonus Tracks: Naissance d'une nouvelle rubrique !

Parce qu’à l’heure des comptes  premiums et des applis payantes le marketing est passé maitre dans l’art de jongler avec nos frustrations… On en veut toujours plus et on n’en aura jamais assez !
Désaccords Mineurs aussi s’adapte…  Mais, Grand prince, avec les petits extras de Bonus Tracks vous gagnerez davantage sans rien devoir débourser.  Au programmes : interviews décalés, Live reports incongrus…. et pas mal d’autres surprise…  Encore mieux que les cadeaux du paquet de Chocapic !
Live report : Goodshirt, la place de concert à 1000 balles




 
Vendredi soir j’étais à Auckland et il y avait un concert de Good Shirt au Bacco Room. Ils n’ont pas joué ici depuis 2004, à l’époque de Fidji Baby, donc c’était une assez bonne occasion d’aller les voir. En Nouvelle-Zélande, Good Shirt est l’un des groupes indépendants jouissant de la plus grande popularité et de la plus ample promotion, en dépit de leur faible coefficient d’exportation ; ils font la une des magazines culturels distribués dans la rue et l’affiche de leur nouvel EP Skinny Mirror recouvre pas mal de devantures de magasins de musique. C’est une assez bonne surprise. 

Le groupe se produit dans une salle appelée donc le Bacco Room, qui en fait de salle de concert est plutôt l’extension d’un restaurant italien bobo à souhait, avec des tables à nappes blanches, bougies et bouteilles de Sauvignon dans les coins, contredisant ma première impression lors de l’entrée en sous-sol qui se fait par un sordide escalier, très underground, rampant dans un bas côté de la très peu engageante Nelson street. Le public est clairsemé et essentiellement quinquagénaire, je fais un rapide calcul mental pour vérifier que les membres du groupe ne peuvent pas avoir le même âge, peu rassuré par le prix et le goût de la bière qui avoisinent le business model des terrasses du 7ème arrondissement.






Un premier groupe, She’s So Rad, arrive sur scène. Un duo mixte avec guitare, boîte à rythmes et synthé chip, qui entame un set de dream pop au son très écorché, aux mélodies assez intéressantes mais peu propices à la représentation scénique. Même si ça réveille les acouphènes, ça reste plaisant, mais le public et les fans sont absents ; les verres de blanc sont en supériorité numérique face aux bouteilles de bière, et l’ambiance est plus proche d’une soutenance de thèse que d’une débauche shoegaze du weekend.





Les choses s’arrangent nettement à l’arrivée de la seconde première partie. Un dénommé Tom Lark, fraîchement débarqué de Christchurch, attaque une heure entière de brit pop. Jamais entendu parler de lui de près ou de loin, d’où un plaisir décuplé à l’écoute de chacune de ses compositions, toutes excellentes et accrocheuses, très proches de ce que les Eversons ont produit récemment. Le groupe est calé, le son est de qualité et les fans sont là. Les lignes mélodiques du synthé font mouche,  comme la voix de M. Lark, très à l’aise dans son registre. Probablement la meilleure première partie que j’aie vue avec Alt-J

Le groupe s’efface en annonçant Good Shirt, excitant un public qui a perdu quelques décennies. Un quart d’heure s’écoule, puis une demi-heure… Attente anormale et assez pénible, quoiqu’adoucie par la diffusion d’Arcade Fire et de Modest Mouse. Le public s’est encore densifié et échauffé, et lorsque les lumières s’éteignent, c’est sous un brouhaha d’acclamations que Good Shirt arrive enfin sur scène...


Le groupe attaque par Blowing Dirt, Place To Be et Buck It Up, annonçant le niveau de la prestation. Le son est parfait, l’interprétation sublime, l’énergie totale. Rodney Fischer, le chanteur, est fou. Il se trémousse et se roule par terre, se donnant à 200% sur chaque chanson, ne pouvant à aucun moment effacer son sourire et sa joie de jouer, tripant avec Gareth Thomas, comme deux adolescents qui se préparent à faire un canular. 

Les titres de Good et Fidji Baby s’enchaînent quasi intégralement, entre power pop, ballades et essais plus sombres (Dumb Day) entourant les quelques petites nouvelles de l’EP, qui me font comprendre que je ne l’ai pas encore assez écouté. Batterie syncopée, guitare électrique subtile qui se pose par fines touches pour renforcer le rythme des morceaux, synthé passant de grosses basses analogiques à de fines lignes mélodiques (il n’y a pas de bassiste).


Good Shirt est un groupe professionnel, et lorsqu’ils entament Sophie ou Fidji Baby, l’accompagnement des fans indique bien que leur notoriété n’a en rien baissé malgré les presque dix années d’inactivité. Au bout d’une heure et demie, le groupe fait mine de partir, mais ne tient pas une minute en backstage avant de revenir jouer les phénoménales Green et Mousey dans un bordel total. Je pars à une heure du matin dans le froid de l’hiver austral, convaincu que les concerts parfaits existent.



lundi 30 janvier 2012

The Awesomest Song(s) of the Week (XI) : Three Trapped Tigers


Les "trois tigres piégés" de Londres ont une vision peu banale de la musique. Instrumentale bruitiste électro rock, la leur a commencé par s’étaler sur trois EP nommés "1", "2" et "3", et dont les morceaux ont des titres évocateurs allant de "1" à "13". Probablement la volonté délibérée de ne pas orienter la façon dont nous les écoutons. Ca marche sans doute, et la perte de repères n’en est que plus forte. A vous de trouver des moyens mnémotechniques pour écouter vos préférées...



Ramification d’Errors,des Battles ou d’Octopus Project, frères de Gallops, Three Trapped Tigers est une alternance de bouillie sombre et de calme introspectif, parfois survolées de voix planantes qui, comme sur le « Have Some Faith In Magic » d’Errors, ne tient qu’un rôle de pur instrument supplémentaire. La maîtrise technique est déroutante, notamment pour les parties de batterie, toujours ultra rapides à la Travis Barker, syncopées, avec abus caractérisé de l’usage des cymbales. Et toujours des intermèdes plus paisibles pour reprendre son souffle entre les flots de décibels. L’électro prend parfois le dessus (3,7), un thème de jazz est tenté et réussi (5), parfois il n’y a que cacophonie (8) mais tout fonctionne (1-13 !).





Des black sessions sont disponibles en vidéo, et pour une fois elles servent vraiment : même si la musique avait été mauvaise, ils auraient pu se rabattre sur le Guiness Book de l'endurance en milieu musical ou de la télépathie trilatérale. Une symbiose qui fait plaisir à voir, loin de la mass connexion des festivals et du côté guignol des concerts en lieu incongru. Leurs mises en scène font aussi peu de concessions que leur musique : pas de préparation pour la remise des Grammy Awards.




Un disque est sorti l’année dernière – Route One Or Die – avec des titres cette fois, de très beaux clips mais des singles peut-être mal placés : Reset doit s’écouter le ventre vide (vidéo formidable avec Matt Berry), et Noise Trade n’est pas forcément la plus belle réussite du disque. On préférera souligner Cramm ou Drebin, bien plus grandioses et terrifiantes.





Espérons qu'un jour ces trois bagnards en manque de cailloux passent par chez nous faire sauter les fusibles de quelques salles.