Din Stalker est l’accomplissement isolé d’Hannes Strenström, Suédois qui avait rejoint SMK en 2001 parce qu’il avait de bons synthétiseurs. Porte-parole inconscient de volontés ineffables, messager lambda de la Révélation, « il » a délivré 45 minutes de chaos progressif. Le disque n’a ni titre ni référencement, il ne s’apprécie ni historiquement ni géographiquement. Il existe.

Née des ténèbres, cette musique est l’expression d’une mécanique a-sentimentale, expérience sensorielle éprouvante d’une humanité en fin de vie, acculée à la perdition.
Din stalker - 01 - kristi rus by RingBell
Kristi Rus évoque la mise en branle d’une excavatrice, avec déraillement de rouages, gravas jaillissant en clapotis d’arpèges. La musique s’enfonce sous terre, creuse la croûte lentement, ralentit mais ne s’arrête jamais, engin survolté qui court-circuite sans cesse.
Premier sous-sol atteint, fusion dans la lave incandescente, la caverne lumineuse d’Herr Reporter, étrange sentiment de plaisir dans l’exploration foireuse des tréfonds sonores. Transposition sonore de la « Clarté ténébreuse », de l’« obscure clarté qui tombe des étoiles », l’un des plus beaux chapitres du disque. Il y aura des trouvailles bien plus glauques : si dans Ohne Zuschlag un petit côté guilleret surplombe encore tant bien que mal la masse obscure, enveloppant les rythmes sourds de délires 8bit endiablés, dans Our New Band c’est le plongeon : notre Otto Lidenbrock est seul au milieu de nulle part, perdu dans un labyrinthe de vide.
Le sentiment de vacuité est renforcé par la quasi absence d’évolution, six minutes à tourner en rond, mais le Harceleur ne fait pas tourner en rond pour rien. Et le plongeon dans le néant glacé se poursuit dans l’ambiance « mine de diamant » de Dumklang. Marteaux piqueurs, dynamitage d’ondes, Din Stalker fait sauter des perles à ne plus savoir qu’en faire, ensevelissant notre ouïe.

Gravinor Me, première phase du déluge apocalyptique, habille la rythmique diabolique de mélodies célestes. Acmé de l’œuvre, point nodal qui concentre toutes les tensions de la descente pour les faire exploser, éclater, désintégrer dans une déflagration insensée. Emballement total des sens et de la perception, aveuglement par disparition, étouffement par extinction.
Dear Weekend, seconde et ultime phase, Apokalupsis au sens premier du terme : mise à nu, révélation, qui crie à celui qui pourra encore entendre : Écris donc ce que tu as vu, ce qui est, et ce qui doit arriver ensuite. Plus rien n’existe. Nouveau terreau potentiel pour un nouveau monde. Fruit de l’écriture automatique, l’œuvre s’est créée d’elle-même par l’heureux truchement de Hannes Strenström, dont la progéniture prend vie après la dernière seconde du dernier chapitre.
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