Affichage des articles dont le libellé est folk. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est folk. Afficher tous les articles

mardi 30 octobre 2012

Les épopées maritimes de Ween : The Mollusk



Au programme aujourd’hui : retour subjectif sur une démonstration de composition marrante, jolie et dépaysante qui date de 1997. Le prolifique et très inégal groupe Ween, projet foutraque des frères pennsylvaniens éponymes, publia une extraordinaire aventure maritime, l’histoire sibylline d’un type qui devient pirate par ennui. Sachez que les frérots Ween ont décidé de faire n’importe quoi, tout et son contraire, avec semble-t-il pour seule ligne directrice de ne jamais en avoir. S’ils ont publié des choses très mauvaises et d’autres sans grand intérêt, ils ont également eu des fulgurances de génie concentré pur jus.


Après la sortie de « 12 Golden Country Greats », qui comme son nom l’indique sert plus à faire croire à quelques républicains sudistes que tout n’est pas perdu pour restaurer l’Amérique de Grand-Papa qu’à vraiment proposer une œuvre musicale, nos joyeux drilles s’entichent d’un sujet dont la profondeur insondable nous fascinera toujours : la mer. Pour attirer le chaland, quoi de mieux qu’un titre un peu dégueu (The Mollusk) et qu’une pochette odieuse couleur vase qui arriverait à donner le mal de mer au Captain Iglo à jeun?


Mais « au fond », qu’est-ce que ça pourrait être ? La musique de la mer c’est quoi ? Des ballades irlandaises ? Des chants de marins ? De sirène ? De baleine ? La BO de Jack Sparrow ? Rien de tout ça. Si on peut effectivement retrouver la trace d’une chanson de marin – la sublime The Blarney Stone qui sent la Guinness et les embruns – les autres chapitres ne font souvent que reprendre la thématique maritime pour l’asservir à l’esprit Ween. A l’instar de leur chef d’œuvre de 1994, Chocolate and Cheese, rien ne ressemble à rien. Mais en se forçant un peu, en grattant légèrement la couche de sel, oui cela devient évident : tout respire l’iode, l’huile de foie de morue et le bonnet à Cousteau wesh.



Dans cette ode à l’eau salée, on trouve des chansons rapides et marrantes qui délasseront sans doute les néo mousses briquant le pont, comme I’ll Be Your Jonny on the Spot, la poétique Waving My Dick in the Wind, ou encore Ocean Man, qui sera reprise dans le générique de fin de Bob l’Eponge. Ca fleure bon la flibusterie, le branle-bas de combat et l’abordage sauvage sabre aux dents. Ecumer les sept mers rhum à la main et cheveux au vent c’est un truc de bonhomme.  Mais seul dans son hamac, le pirate assoiffé de richesses et soumis à la vacuité du désir spinozien découvre inévitablement la mélancolie d'un amour perdu.



Après avoir quitté sa patrie, qui se rappelle à lui à travers le doux ragtime british de I’m Dancing in the Show Tonight, (Ah, Ye Olde England !) la plongée a été rapide dans les tréfonds d’azur, dont les notes sirupeuses de flûte sur The Mollusk sont une belle allégorie. Mutilated Lips ferait quant à elle plutôt penser à un intermède brumeux sans vent, coincé au milieu de nulle part avec une carence en sel qui commence à donner le vertige et faire délirer. Il y a quoi tout au fond ? It’s gonne Be Alright, la quiétude ultime, où obscurité et limpidité s’associent sublimement. C’est le sommet – enfin l’abysse dans ce cas précis – du disque. Les percussions se propagent à travers les flots, scandant une mélodie impeccable accompagnée de coulées d'arpèges. La délicate Cold Blows the Wind tient également son rôle nostalgique : notre boucanier se demande s’il n’a pas rejeté un enfermement pour en accepter un autre, Dieu que ce navire est petit ! 




Il y a les îles certes. Des envies d’ailleurs grandiloquentes comme dans Buckingham Green, bel hymne pour une colonie hispanique ou un comptoir portugais où l’on hume les épices, se détend à l’ombre d’un palmier en ne songeant plus à rien. Les pirates ne sont-ils pas des proto-punks riches ?  L’oisiveté est nettement visible sur Pink Eye (On My Leg) où elle confine à la folie, si l’on en croit les aboiements de chien et les « vocalises » infâmes du chanteur. Le disque s’achève sur la David Bowiesque/Gilmouresque She Wanted to Leave, chanson grandiose qui laisse ouvert un vaste champ de possibilités devant soi, mais qui ne laisse cependant aucune place à l’éventualité d’un retour au bercail. Des bribes du ragtime des vertes terres natales résonnent encore dans la brise (2 :55), mais elles sont lointaines et terriblement déformées… C’était quoi déjà ?

Ecoute intégrale du disque : 





vendredi 9 mars 2012

The Awesomest Song(s) of the Week (XVI) : The Wave Pictures




Minimalisme, rigueur esthétique, voie immuable, The Wave Pictures est un groupe qui subjugue par son homogénéité et sa constance. Trio à la productivité impressionnante, les Anglais de Wymeswold nous offrent depuis 2004 une sorte de pop dépressive et désabusée, aussi triste qu’elle est belle.





The Wave Pictures tourne autour d’un homme : David Tattersall, qui fait de chacun de ses morceaux une dramaturgie en y aposant sa voix torturée, étranglée, rappelant un peu les débuts de Dylan. Chaque piste est une sorte de ballade, même quand elle dynamique et ornementée ; le déroulement est systématiquement linéaire et simple, puisant son essence au fin fond des âges ténébreux du genre, à savoir la musique irlandaise (de laquelle découle toute la vague country et folk qui s’épanouit plus facilement aux Etats-Unis). Mais Tattersall a aussi révisé le travail de ses compatriotes : difficile de ne pas sentir l’influence de la cold wave de Joy Division,  de l’hybride rock punk de Gang of Four ou du romantisme façon Sturm und Drang des Smiths. Plus proche de nous, on peut aussi évoquer le folk minimaliste d’Herman Düne.



Trêve de références, car The Wave Pictures est un groupe authentique, avec une atmosphère propre et inimitable. Parfois la guitare folk laisse place à l’électricité, et là les dons de Tattersall évoluent en parfaite liberté, dévoilant un virtuose que l’on n’osait plus espérer dans ce style de musique. Manier technique et inventivité sans jamais sombrer dans la démonstration oiseuse est très périlleux ; ici cela fonctionne à merveille, chaque solo est l'expression d'une idée, sublimée par le son crade et brouillon d’une immuable Gibson SG. En concert, le groupe fait penser à trois ados malaisés se demandant s'ils ont bien fait de vouloir jouer sur scène. Le bassiste d'une timidité excessive est à peine sauvé par un chanteur presque aussi immobile que lui, qui tente une rapide biographie auprès du public, entre deux morceaux chantés les yeux au plafond, s'éloignant par intermittences du micro pour gagner en performance intimiste.






Eskimo Kiss, tout nouveau single devançant la publication du septième opus du groupe qui sortira en avril (Long Black Cars), est la première chanson chantée par le batteur Jonny Helm. Sa voix renforce encore plus le côté british de la chose, à la limite de la révolte urbaine. La rythmique reste, elle, dans la plus pure tradition du groupe, tout comme la ligne de basse et le sublime solo de guitare, toujours aussi inspiré et nerveux.
Il vous reste un mois pour assimiler les six disques qui vous permettront d’appréhender Long Black Cars comme il se doit !



lundi 5 mars 2012

The Awesomest Song(s) Of The Week (XV) : Alt J


Autant vous prévenir tout de suite, le propos de ce nouvel article sera aussi redondant que la créativité du groupe proposé est novatrice ! Petit élément de contexte : alors que l’autocongratulation consanguine de la musique hexagonale était samedi soir aux VDM à son paroxysme, tant en terme de flagornerie que d’hypocrisie, ce n’était surtout pas devant son poste de TV que tout mélomane francilien esseulé aurait dû échouer, mais plutôt au Point Ephémère, pour le concert de Casiokids, génial crew électro pop norvégien. D’une part pour assister au show cathartique de ces délicats barbares aux gants de velours venus du Grand Nord,  mais également pour découvrir abasourdis la première partie que personne n’attendait : les Kinder Surprise cambridgiens d’Alt J. Nous y voila. Au risque de se répéter… Encore une fois, il y a de quoi être époustouflé par la capacité insolente des teenagers ayant grandi dans les verts pâturages d’Albion  à composer des hymnes tubesques dès la sortie de leur couffin. Pas encore l’âge de se la bingedrinker au pub du coin, leur restant vraisemblablement de nombreuses copies à noircir et des centaines de stylos à mâcher avant de pouvoir accéder au sérieux statut d'adulte, mais les voilà déjà qui parcourent les salles de concert pros, excitent les critiques de tous poils et viennent de sortir un deuxième EP fascinant: Matilda/Fitzpleasure, qui fait suite au non moins qualitatif Bloodflood/Tessellate.



Les quatre boys en culotte courte, vraisemblablement accompagnés de leurs parents se sont ainsi permis de dérouler avec un flegme élégant, au nez et à la barbe de tout un public d’hautains frenchies indisciplinés, un set de six compos impeccables d’une indéniable efficacité. 


Tout en retenue, les quelques chansons d’Alt J frappent avant tout par la richesse polyphonique des mélodies et leur capacité à juste conserver l’essentiel. Ainsi ici pas de fioritures, pas question de jouer au « musicien pop hype du moment » . La musique est avant tout une affaire d’émotion et de maîtrise. A l’aide d’un étrange set de batterie réduit a son minimum syndical, sans la moindre cymbale, la section rythmique se borne à produire manuellement des beats étrangement nus et mécaniques qui se rapprochent fortement d’une boîte à rythmes électro. Ce sont les nappes de synthés dotées de puissantes saturations qui vont draper le tout. Enfin les voix juvéniles et les parties de guitares n’ont plus qu’à virevolter, se toiser, s’entrecroiser, se lover, se nouer et se dénouer par dessus, tissant ainsi de complexes motifs décoratifs. 


Les résultats les plus probants sont certainement les splendides tapisseries sonores à écouter en boucle que composent Fitzpleasure et Breezblocks. Les tribulations vocales de ces troubadours prépubères y alternent de manière incessante avec des parties instrumentales à la fois simples et lyriques et surtout parfaitement calibrées. Et franchement que dire d’autre que «  baaaah ma bonne dame, c’est vachement beau ça dites moi donc ! ».  




La ballade Matilda, enfin, est une broderie impeccable. Morceau aussi simple et reposant que la géométrie parfaite du triangle que le groupe s’est choisi comme logo, il glisse tranquillement et sûrement, laissant à son terme une indicible impression de plénitude.


On vous avait déjà causé des rafraîchissants bébés surdoués d’Egyptian Hip Hop et de Coastal Cities auxquels on pourrait ajouter un liste longue comme les jambes d’Adriana Karembeu, de Late of The Pier à The View … Bon sang, mais à quand enfin une étude scientifique de neuroscience appliquée digne de ce nom pour extraire une fois pour toutes le code  ADN britannique responsable de cette supériorité musicale inacceptable. Il y en a marre de ce protectionnisme et de la défiance de ces satanés rosbeefs.  Faisons-en profiter le plus grand nombre au plus vite ! Plus que jamais engageons-nous génétiquement parlant pour redistribuer équitablement les allèles du talent musical entre toutes les nations … Au moins pour nous éviter le supplice de certaines Victoires de la Musique ! Please … ! Be cool guys !!!!

En attendant mémorisez bien ce nouveau raccourci clavier désormais indispensable : Alt-J.







mardi 7 février 2012

The Awesomest Song Of The Week ( XIII) : Oho : Free to flee




Oho ? Kesako ??? Derrière cette appellation qui a clairement un petit quelque chose d’H2O se cache une petite goutte de mystérieux nectar bien fragile mais bourré de talent et de sensibilité.   C’est encore imperceptible, embryonnaire, protozoaire…  Mais indéniablement l’ADN de ce nouveau venu musical parisien s’en est plutôt bien sorti ; si la mère semble être la douce Laura Veirs, rien n’est moins sur pour le père qui pourrait aussi bien avoir été engendré par les boucles des new yorkais  précieux de Ratatat que par le folk ouvragé des rosbeefs de Tunng. C’est pop, c’est jazzy, c’est électro et… bah, c’est du très beau boulot ! Maintenant, comment une simple goutte d’eau pourrait-t-elle s’en sortir à l’échelle de l’océan bouillonnant et saumâtre qui constitue le territoire sans pitié de la zicosphère ?




 Malgré sa pureté et la perfection de son galbe elle risque fort de se retrouver diluée, souillée, vidée de toute sa substance au contact de la rude concurrence du marché de la musique sur le net… Et s’ il y a bien un endroit où les  lois de la concurrence pure et parfaite néolibérale trouvent tout leur  sens, c’est bien celui-ci. Comment faire face à des dizaines de milliers de nouveaux titres ajoutés en continu et accessibles en théorie en un clic par n’importe quel internaute ! Mission impossible pour ce nouveau venu si attachant ? Mais ne désespérons pas, il reste bien un espoir infime.  Prenons les stalactites et leurs consœurs en m, il s’agit bien d’une histoire de petite goutte !  Avec une bonne dose d’abnégation, de la patience et un bon coup de pot il reste toujours une chance d’être LA petite goutte qui se cristallisera pour l’éternité… Mais reprenons-nous, Oho n’est pas mort née et le meilleur peut encore lui arriver. Cette funeste entrée en matière n’empêchera pas d’apprécier l’harmonie et la maturité qui se dégage des six titres qui composent Land of the happy, la plutôt bien-nommée première démo du groupe.
Le titre Free to flee est une parfaite entrée en matière dans l’univers feutré et sophistiqué d’Aurore et de Paul, le noyau dur du projet. La rythmique, à force de bidouillages au synthé et à la guitare, est irrésistible. La boîte à rythme qui virevolte et les arrangements complexes n’ont rien à envier aux impériales rythmiques du LP4, dernier opus de Ratatat. La voix, quant à elle, fugace et profonde à la fois, se pose délicatement sur les  feuillages indéterminés de cette étrange et luxuriante jungle sonore, avant de reprendre son envol tel un hésitant papillon tropical. De superbes ponts instrumentaux ponctuent avec classe le morceau. Une vraie réussite.



Et voici Alone in Katmandu, autre curiosité zen, vraisemblablement ânonnée en partie en Hindi, l’occasion de dévoiler l’origine de cette belle histoire. C’est en effet au cours d’un séjour universitaire en terre indienne que les deux ventricules de Oho se sont rencontrés.  Et à l’écoute de l’album entier on ne peut que leur souhaiter de battre en rythme le plus longtemps possible !
Ainsi avec ce premier mini album la petite goutte Oho s’est déjà frayée de manière imperceptible un chemin dans une terre meuble, elle s’est joint à d’autres perles de rosée esseulées avant de jaillir à l’air libre, devenue maintenant une source purifiante et rafraîchissante. La route jusqu’à l’océan est encore longue, mais il y a de fortes chances pour que de simple état de ruisseau elle passe vite fait à celui de rivière puis de fleuve…  En tout cas on l’espère.





vendredi 25 novembre 2011

On l’écoute et on assume ! (I) : Le métal écologique de Korpiklaani






Quel Ipod n’est pas truffé de son lot d’inavouables chouchous musicaux ? Quelle playlist ne renferme pas de poisseuses, mais tellement  jouissives raclures sonores ? Qui ne s’est jamais surpris à siffloter avec ferveur les mélodies les plus honteuses? Bref, que celui qui n’a jamais goûté le fruit défendu par la dictature des bonnes mœurs musicales ose se manifester ! Parce que musiciens et mélomanes ne devraient jamais se prendre au sérieux, parce qu’en musique il n’y a qu’un pas du bon goût à l’outrance jusqu'à l’insipide artiste bon ton.  Voici donc notre nouvelle rubrique hebdomadaire sans langue de bois ! Avec « On l’écoute et on assume ! » les ayatollahs du bon goût et les intégristes du mélodiquement correct n’ont qu’à bien se tenir !  Vive le Kitch ! Plus ça agace, plus on aime ...


Et c'est parti avec un sombre groupe finlandais qui n'y va pas par quatre chemin. Korpliklaani, ou l’alliance entre trois tendances que les scandinaves maîtrisent à merveille : du métal de bûcheron qui ferait pogoter plus d’un troll en goguette, un attachement au folklore ancestral que tout bon viking ne renierait pas et enfin un engagement écologique sans faille. Voici un mélange détonant, de quoi faire tressaillir de plaisir le gosier assoiffé de Thor, Odin et tous leurs charmants petits camarades du Valhalla! Bref, le résultat tache et ce n’est clairement pas de l’eau …

Korpiklaani, « clan de la forêt» en finnois, est ainsi un groupe de chevelus acolytes qui, depuis 2002 a déjà trouvé le temps de ciseler 7 albums à grand coup de burins et de riffs décapants. Les voilà qui manient leurs instruments, comme les glaives et haches de leurs redoutables ancêtres, engagés dans une lutte écologique d’un nouveau genre. La preuve en image avec le jouissif clip de Keep on Galloping. Et en voilà une méthode enfin efficace pour protéger la planète ….



Et quand ces tendres brutes ne s’érigent pas en fervents défenseurs de leurs amis les arbres, ils font l’éloge de toutes les boissons alcoolisées imaginables (Vodka, bière, tequila… tout y passe !).



A l’image de kultanainen, musicalement le résultat est un étrange mélange de folk et de métal. Les gutturales éructations du chanteur qui s’exécute le plus souvent en finnois sont appuyées tant par un lourd combo métal guitares ultra saturées/ Batterie testostéronée que par un plus incongru violon ou même des touches d’accordéon. De forme très simple couplets/refrains les morceaux prennent la forme de curieuses chansons folkloriques trash dont les parties dansées resteraient encore à inventer…

Kultanainen by Korpiklaani on Grooveshark







mardi 22 novembre 2011

SLOW CLUB : Welcome to a slower world



Soufflons un peu, pour une pause méritée ou nécessaire. Une pause bucolique à base de concentré de clapotis, d’extraits de brise dans les branches et de zestes d’éclaircies. Une parenthèse musicale de calme et de fraîcheur pour prendre du recul sur la vie citadine. Tout cela est facilement accessible si on prend le temps d’écouter Slow Club, un duo pop folk de Sheffield qui soulage depuis 2006 le système nerveux de ses auditeurs.





Les ballades sont très fragiles, les cordes sont fébrilement grattées, les voix de Charles Watson et Rebecca Taylor se perchent délicatement sur les accords pour créer une atmosphère instable et terriblement séduisante. Ainsi commence le disque Yeah So, avec la chanson « When I Go ». Au moins les choses sont posées au départ, pas d’introduction survitaminée pour stimuler l’oreille paresseuse. On appellerait presque ça une comptine, servie de paroles un peu niaises (« There’s so many questions that still burn, like will you hold my hand when I go »), mais décidément,  la mixité du chant aura toujours son petit charme particulier.

When I Go by Slow Club by enbrown


Givin up on love nous secoue les puces, car il est aussi question de pop ici. En réalité il s’agit d’un triptyque, complété par It doesn’t have to be beautiful et Because we’re dead. Trois excellentes chansons, toutes aussi dynamiques, fraîches, revigorantes, avec de jolis ponts et de beaux renvois de chant. On dira même bouleversant en ce qui concerne  It doesn’t have to be beautiful , qui évoque la transition adolescent/adulte, la sensation désagréable qu’elle provoque, et l’irritation que sa seule évocation engendre ! (« Leave now if you just can’t stay, cause there’s nothing worse than somebody pretending away the years of their youth will never get back »).



Le folk, lorsqu’il est bien réalisé, n’a pas d’âge et donc ne sera jamais démodé. C’est le cas ici. Hormis la qualité de l’enregistrement, les ballades du disque auraient pu avoir été composées il y a dix, vingt ou quarante ans. Des soupçons de vieux blues dans  I was unconscious, it was a dream , un cas d’école de la « ballade anglaise avec piano » (There is no good way to say I’m leaving you ) qui fait penser aux meilleures années des Beatles, des Stones et de Bowie ; quant à Trophy Room elle aurait bien pu appartenir à Paul Simon, et Sorry about the doom, à Joan Baez. Une très belle tristesse pour cette dernière chanson, avec toujours les même thèmes éculés mais qui n’enlèveront jamais rien à la musique tant qu’ils serviront la perfection (« I know your heart is beating slow and out of time with mine »).

Come on Youth sert d’hymne à la jeunesse et à l’insouciance, en célébrant la vie à l’arrache et la philosophie qui l’accompagne (« Do you love to regret, or forgive and forget ? If you’re going to forget it all, cold is comfort, comfort is cold »). Madame expérimente les percussions sur bouteilles sur Apples and Pairs, encore une comptine très delicate.




Deux choses avant d’en finir avec le disque. D’abord l’indicible splendeur de " Dance Till The Morning Light", qui suffirait à justifier l’édification d’un musée Slow Club et la taille de quelques statues des deux troubadours avec écrit « Best Band Ever » dessus. Et si un nouveau pays voit le jour il pourra prendre « Our most brilliant friends » comme hymne. Enfin il faudrait un pays peuplé de personnes non patriotes et hurlant « So just dance with me, move your body round this time machine, start it again/ I just want to celebrate the fact our bodies can recreate new versions of ourselves” aux matches de foot et aux ceremonies officielles. 

Et à la fin du disque il y a une surprise, enfin si vous écoutez réellement un disque et pas un mp3, une chanson cachée ! Après quelques vrombissements caverneux, Rebecca clôt une seconde fois l’œuvre, et décide que finalement la touche finale ne sera pas enjouée mais mélancolique. Boys on their birthdays est le petit chef d’œuvre final. On appréciera le « I definitely want to be a rapper, but I’m just a northern girl from where nothing really happens » et le sinistre ultime couplet qui s’étouffe en un lancinant “The bones inside my shins are crumbling, it’s from all the crunking I’ve been doing”.



Slow Club possède un charme particulier en live, ils collent exactement à l’image de leur musique : sympathiques, timides et à l’arrache. Remerciant le public à chaque fin de chanson, tapant du pied dans les refrains, le regard fuyant et très concentré sur leur prestation, on croirait presque à une kermesse, forcés par des amis trop pressants à chanter un « petit quelque chose sans prétention qu’on a composé la semaine dernière ». Et non ! Le dépouillement de la forme n’éclipse pas le génie du fond. L’enjeu de l’enregistrement a été d’enrichir l’esthétique de leurs concerts sans la trahir, et c’est réussi. L'article du NME consacré au disque termine par "Don't call this club Slow, call it special." Pas mieux.




vendredi 18 novembre 2011

Johnny Flynn, to folk or not to folk?




JOHNNY Cash, JOHNNY Lee Hooker, JOHNNY Winter, JOHNNY Rotten, JOHNNY Mercer, JOHNNY Clegg, JOHNNY Thunder, JOHNNY Ramone, JOHNNY Halliday, JOHNNY Marr… Et la liste est encore longue ! Vénérable dynastie de célébrités en tous genres et particulièrement musicales, les Johnny ont plus d’une fois trusté le top des charts ou du moins sont des habitués des "unes" de tabloïds aux quatre coins du globe…  

Et combien de langues baveuses prépubères se sont maladroitement entremêlées sur l’imparable mais non moins simpliste refrain de la chanson d’un certain Chuck B. qui narre l’histoire de Johnny, garçon de campagne de la Louisiane profonde ? Ce pauvre bougre ne sachant ni lire ni écrire jouait pourtant de la guitare avec une virtuosité inégalée (« Go go / Go Johnny go / Go Go Johnny go/ Go Go Johnny go / Go go Johnny go/ Go Johnny B. Goooood »).  Bon mais ce coup là, et vous ne me contredirez pas mesdemoiselles, ça marchait au plus chaud de l’été 1958, mais maintenant on ne vous ne le fait plus le stratagème ringard du morceau brinquebalant joué avec des doigts gourds sur une vieille gratte désaccordée !?  Après le fatidique 11/11/11 il vous en faut un petit peu plus pour vous en mettre plein les mirettes, nan ? Bref, ce plouc de Johnny, américain moyen par excellence, ne fait plus rêver personne et n’a aujourd’hui plus aucune raison de quitter sa station à essence merdique du fin fond du Minnesota ou son ranch miteux du Kentucky. Et donc vous pensiez le filon des Johnny épuisé depuis belle lurette? Et bien détrompez vous ! Il en existe encore au moins un plus que fréquentable dont vous n’avez sûrement jamais entendu parler…  Johnny Flynn ça ne vous dit rien n’est ce pas ? Et bien ça bah, c’est fort fâcheux ! 


Ce n’est pas outre-Atlantique, mais outre-manche qu’il faut aller chercher ce dernier. Distingué sujet de sa non moins distinguée Majesté Elisabeth II, Johnny Flynn n’est pas à proprement parler un bouseux. A la base acteur classique il s’évertue avec sa troupe londonienne, la compagnie Propeller, de faire perdurer la flamme et l’émotion de la grande tradition du théâtre élisabéthain et de son plus fidèle représentant, Shakespeare, sur les scènes du monde entier. Pourtant, si c’est un habitué des chemises à jabot, cela ne l’empêche pas, en parallèle, de remonter ses manches à froufrou et de mettre les mains dans le cambouis. En effet dès 2008 il débute contre toute attente une carrière musicale sans concession qui allie admirablement brillance et ascétisme. Et tout comme son lointain cousin du nouveau monde, il compose une musique profondément influencée par les chansons populaires traditionnelles. Issu de la country pour le héros de Chuck Berry, celle-ci est d’essence folk pour Flynn et trouve ses origines dans le patrimoine irlandais vernaculaire. 

Tour à tour  rêche comme la parois d’une falaise battue inlassablement par les éléments, doux comme la souple texture de l’argile fraiche, riche et profond comme les tonalités d’un ciel d’orage , étourdissant comme le bouquet de senteurs d’un sous bois humide, son premier album, A larum, est un remède de grand-mère qui nous vient du fond des temps et qui fait avant tout un bien fou.

Œuvre dépouillée et fascinante, on s’y perdrait bien, comme dans les rides du visage buriné d’un centenaire qui raconterait inlassablement les inépuisables récits de sa longue et passionnante existence au coin d’une délicieuse flambée d’hiver. Disque hypnotique, A Larum distille des chansons qui semblent venues d’un autre âge (Brown trout blues, Shore to shore, Wayne Rooney…).  Ainsi de délicats violons sont à l’honneur dans le nostalgique Sally tandis qu’un sautillant banjo s’invite à l’occasion du guilleret Eyless in holloway.



Et pourtant, ne vous laissez pas berner par la voix chaude de cet ensorceleur professionnel ! Johnny Flynn est un acteur, ne l’oubliez surtout pas !!! Depuis quand les chanteurs du terroir folklorique british ont-ils un tel accent précieux digne du plus impeccable Lord de la chambre du même nom ? Cherchez l’intrus dans Hong Kong Cemetary: et bien oui trompette ne rime pas vraiment avec Guiness je vous l’accorde ! De même, la lourde rythmique de l’implacable Cold bread propulse insidieusement le morceau dans des sphères bien plus rock que l’eurent voulu les bonnes mœurs. Idem pour le final échevelé de All the dogs are lying down qui lorgne quant à lui vers une pop flamboyante bien plus à sa place dans une salle londonienne hype de Camden que dans un pub croulant du fin fond du Donegal. Et puis d‘abord, quand on y pense, Hong Kong Cemetary, un bien étrange titre pour une chanson folk…  Et oui ce jeune prodige, en apparence si respectueux du patrimoine de l’ancienne garde réalise en y regardant plus près d’audacieuse contorsions entre la tradition et de multiples autres influences. Apprenti sorcier de génie, le voilà qui rajoute allégrement  au nectar folk originel de nouvelles saveurs mystérieuses et des aromates toujours plus exotiques, et pour produire une décoction musicale décomplexée et dépoussiérée, mais jamais vidée de son essence originelle. C’est du Johnny Flynn tout simplement.



Hong Kong Cemetry by Johnny Flynn on Grooveshark


Dès l’ouverture de l’album, The Box est un modèle du genre. Mélodie impeccable où la voix grave de Flynn se marie parfaitement avec le cœur féminin du refrain, instrumentaux parfaitement dosés entre guitare délicatement grattée, violon dissonant mais pas trop, trompette savamment distillée pour faire monter la sauce à partir des deux tiers du morceau, le tout porté par une batterie qui arrive à être discrète et puissante à la fois. Les bases sont posées ! Il n’y plus qu’à enchaîner. Et dans les 13 pistes suivantes ainsi que dans les 11 de l’album suivant, bloody hell, mais que c’est bien réalisé !



En deuxième position The wrote and the writ est la grande réussite du disque. Imparable et intemporelle, elle prend aux tripes dès l’intro. Bluffant exercice de style traditionnel, l’impression d’écouter un vinyle grésillant se fait sentir durant toute la chanson. Juste le temps de s’en remettre et voilà que Tickle me pink en remet allégrement une couche; morceau énergique celle-ci, greffé sur un rythme d’enfer explose admirablement en vol. Autre claque, le brut Hong Kong cemetary, ode funèbre qui mêle trompettes et cœurs pour produire un requiem brinquebalant et sublime.  



Si le deuxième album, Been Listening, à l’image du single Kentucky pill, de Sweet William part 2 ou de The prizefighter and the hairess, sonne de manière générale moins « brut de décoffrage », les finitions plus soignées réussissent, plus que jamais, à créer des atmosphères uniques qui s’adressent avant tout à nos tripes. Et le hold up de nos émotions continue avec Lost and found et ses cœurs fabuleux, la ballade admirablement ciselée Been listening ou le sémillant Barnacled warship … Et pourtant ce garçon, blasphémateur multirécidiviste, continue de se foutre de nous sans vergogne ! Vous ne remarquez pas les sacrilèges à répétition?  Mais que viennent faire ces trompettes de Mariachi et cette rythmique reggae dans Churlish May ? Et ne parlons même pas du bluesy Howl  bien plus à sa place de l’autre coté de l’Atlantique… 




A noter également la production en 2009 de l’impeccable Sweet William EP entre les deux albums. Pas la peine de s’épancher plus sur les quatre morceaux qui le composent. Mais sachez que de The mountain is burning à Drum tout est là ! Indispensable donc…
The Mountain Is Burning ((From Sweet William Ep)) by Johnny Flynn on Grooveshark

Last but not least, CQFD, thèse, antithèse, synthèse : et bien non ! Vous voyez bien maintenant que les Johnny ne sont pas tous morts et enterrés ! En voila un qui porte la relève avec un flegme et une classe toute britannique plus que rafraîchissante.  Avec Johnny Flynn la succession est plus qu’assurée. Et  puis d’abord de quelle relève parle-t-on ? Un Johnny ne se rend jamais, c’est bien connu ! Il n’y a qu’à voir la résurrection de notre fringant exemplaire national qui, après avoir passé plusieurs mois sur les planches (tiens lui aussi !), vient d’annoncer la mise en ligne sous peu d’une nouvelle chanson gratuite avant d’écumer de manière moins philanthropique tout les stades et zéniths de l’hexagone…  Profitez bien du tuyau, parce qu’à sa sortie celle-là on ne la chroniquera pas!