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mercredi 15 août 2012

Les tribulations germaniques de I Heart Sharks



Le problème avec les jeux olympiques, c’est que la course aux médailles se fait par chaque pays de son côté, et qu’au lieu de célébrer la collaboration il conforte les fiertés nationales. I Heart Sharks n’aurait pas pu participer à la compétition car ils ont eu l’impudence de mélanger leurs provenances : New York, Londres et la Bavière réunis à Berlin. Voila une entente cordiale qui malgré une légère entorse au règlement a mené à la médaille d’or. 


Pour monter une équipe il faut quand même un langage commun, ce sera l’anglais, dans une version germanisée imitant (à dessein ?) celui des lointains faubourgs de Londres. Rien n’aurait pu aller mieux pour enrober cette new-wave-électro-math-rock d’outre-tombe qui sent l’humidité des caves et la poussière des entrepôts. Le premier single Wolves fait d’emblée froid dans le dos, à la fois par son instrumentation glaciale, son chant répétitif saturé d’échos et  par son clip minimaliste moitié danse moitié happening contemporain. Imaginez qu’ils ont appelé leur disque Summer, quand absolument aucune chanson n’évoque le début du printemps ; un peu comme Magritte et son « Ceci n’est pas une pipe ».


Ah mais non, le second single se nomme « Let’s just pretend it’s summer ». OK, des états d’âme allemands, météorologiques et/ou métaphoriques,  sur l’absence d’été au nord des Alpes. Admirez les fines lignes de guitare sur fond de synthé bouillonnant, c’est une drôle de vision de l’été mais pourquoi pas ; après tout la glace peut brûler.


Animals by I Heart Sharks on Grooveshark

Le groupe a réellement buzzé en début d’année en étant retenu comme la BO du sublime line-up du Festival de Berlin 2012, intégrant chaque groupe au cœur de la ville sur fond d’un « Und das ist die neue Geschichte », tiré de Neuzeit. Beau tremplin amplement mérité, et on aimerait bien entendre plus parler de groupes d’un pays situé entre l’Angleterre et la Suède. Un groupe c’est la façade d’un label, et voilà une porte d’entrée toute trouvée pour l’exploration des mélopées germaniques : AdP pour Auf der Platz Records. Shakespeare’s language de rigueur.


Le groupe cite The Cure et Kraftwerk comme influences ; elles sont autant évidentes par les arpèges électroniques omniprésentes que le chant désespéré de Pierre Bee, quoiqu’avec un gros soupçon de modernité bien à propos. Pourquoi une médaille d’or ? Ils mélangent des choses assez convenues dans le milieu finalement. Mais non, parce qu’en démolissant les frontières, ils ont trouvé une identité ultra forte et ultra originale, reconnaissable entre mille autres en une fraction de seconde. Ils rendent le kitsch sérieux, l’extirpant des masses radiolobotomisées pour le rendre esthétique, lui insufflant une âme tirant sa beauté de sa mélancolie, comme le « Sturm und Drang » national de jadis. Quand on en vient à évoquer l’été par des mélodies comme celles de Lies ou de Ny Bln, mieux vaut ne pas penser à leur vision de l’hiver !






lundi 27 février 2012

On l'écoute et on l'assume (VII) : la 8bitrock d'EscapeHawaii



La plupart des espèces vivantes s’adaptent en fonction de la modification de leur environnement. Parfois certaines s’égarent, adoptent une morphologie incongrue qui les fait disparaître. Race endémique bavaroise, n'ayant quasiment jamais quitté les environs de Nürnberg, EscapeHawaii – Bernd Haas en allemand – dont les aberrations génétiques ont eu raison de sa survivance, est une curiosité, un taxon rarissime qui rejoignit en 2009 la triste liste des dodos, des minitels et du Concorde. 



C’est le flux continu d’innovations musicales qui a engendré cette chimère 8bitpop rock teutonique. Paroles mi-anglaises mi-allemandes, criées avec hâte, toujours sur la brèche entre mélodie et rage ; instrumentation 8bit soutenues par des boîtes à rythmes grasses et pesantes ; esthétique sonore sombre et incisive. Si l’insularité crée des isolats biologiques d’une extrême fragilité, ici ce sont les invasions répétées de courants nordiques qui, à l’approche des Alpes, ont créé cet épiphénomène qui fond le rock dans l’électronique kitsch, pour le recouvrir de phrasés punk (”Bitte sag mir jetzt sofort, was läuft falsch in dieser Stadt”, soit "Dites-moi s'il vous plaît ce qui ne va pas dans cette ville"). La 8bitpop, c’est pas que de la gaudriole ; écoutez What a nice collection, on est loin de la bubblegum pop décérébrée. 


Il n’y a pas de place sur cette Terre entre la Nintendocore de Crystal Castles et les arcs-en-ciel numériques de Freezepop. La place est trop étroite, les liaisons sont trop audacieuses, les contradictions trop fortes. Après un seul album, It’s The Plastic In Your Eyes That Lies, publié sous le microlabel Musikfladen , Escapehawaii est mort en 2009 dans les abattoirs de Wiesbaden, des suites de son inadaptation spatiale et temporelle. Mais un petit frère est né à Oakville dans l’Ontario, il s’appelle J. ArthurKeenes et est, aussi loin que nous le sachions, vivant. Se rattachant à des branches plus mélancoliques, ses chances de survie sont peut-être plus élevées, et il préservera on l’espère ce microscopique écosystème dans un souci primordial de musicodiversité.