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mardi 30 octobre 2012

Les épopées maritimes de Ween : The Mollusk



Au programme aujourd’hui : retour subjectif sur une démonstration de composition marrante, jolie et dépaysante qui date de 1997. Le prolifique et très inégal groupe Ween, projet foutraque des frères pennsylvaniens éponymes, publia une extraordinaire aventure maritime, l’histoire sibylline d’un type qui devient pirate par ennui. Sachez que les frérots Ween ont décidé de faire n’importe quoi, tout et son contraire, avec semble-t-il pour seule ligne directrice de ne jamais en avoir. S’ils ont publié des choses très mauvaises et d’autres sans grand intérêt, ils ont également eu des fulgurances de génie concentré pur jus.


Après la sortie de « 12 Golden Country Greats », qui comme son nom l’indique sert plus à faire croire à quelques républicains sudistes que tout n’est pas perdu pour restaurer l’Amérique de Grand-Papa qu’à vraiment proposer une œuvre musicale, nos joyeux drilles s’entichent d’un sujet dont la profondeur insondable nous fascinera toujours : la mer. Pour attirer le chaland, quoi de mieux qu’un titre un peu dégueu (The Mollusk) et qu’une pochette odieuse couleur vase qui arriverait à donner le mal de mer au Captain Iglo à jeun?


Mais « au fond », qu’est-ce que ça pourrait être ? La musique de la mer c’est quoi ? Des ballades irlandaises ? Des chants de marins ? De sirène ? De baleine ? La BO de Jack Sparrow ? Rien de tout ça. Si on peut effectivement retrouver la trace d’une chanson de marin – la sublime The Blarney Stone qui sent la Guinness et les embruns – les autres chapitres ne font souvent que reprendre la thématique maritime pour l’asservir à l’esprit Ween. A l’instar de leur chef d’œuvre de 1994, Chocolate and Cheese, rien ne ressemble à rien. Mais en se forçant un peu, en grattant légèrement la couche de sel, oui cela devient évident : tout respire l’iode, l’huile de foie de morue et le bonnet à Cousteau wesh.



Dans cette ode à l’eau salée, on trouve des chansons rapides et marrantes qui délasseront sans doute les néo mousses briquant le pont, comme I’ll Be Your Jonny on the Spot, la poétique Waving My Dick in the Wind, ou encore Ocean Man, qui sera reprise dans le générique de fin de Bob l’Eponge. Ca fleure bon la flibusterie, le branle-bas de combat et l’abordage sauvage sabre aux dents. Ecumer les sept mers rhum à la main et cheveux au vent c’est un truc de bonhomme.  Mais seul dans son hamac, le pirate assoiffé de richesses et soumis à la vacuité du désir spinozien découvre inévitablement la mélancolie d'un amour perdu.



Après avoir quitté sa patrie, qui se rappelle à lui à travers le doux ragtime british de I’m Dancing in the Show Tonight, (Ah, Ye Olde England !) la plongée a été rapide dans les tréfonds d’azur, dont les notes sirupeuses de flûte sur The Mollusk sont une belle allégorie. Mutilated Lips ferait quant à elle plutôt penser à un intermède brumeux sans vent, coincé au milieu de nulle part avec une carence en sel qui commence à donner le vertige et faire délirer. Il y a quoi tout au fond ? It’s gonne Be Alright, la quiétude ultime, où obscurité et limpidité s’associent sublimement. C’est le sommet – enfin l’abysse dans ce cas précis – du disque. Les percussions se propagent à travers les flots, scandant une mélodie impeccable accompagnée de coulées d'arpèges. La délicate Cold Blows the Wind tient également son rôle nostalgique : notre boucanier se demande s’il n’a pas rejeté un enfermement pour en accepter un autre, Dieu que ce navire est petit ! 




Il y a les îles certes. Des envies d’ailleurs grandiloquentes comme dans Buckingham Green, bel hymne pour une colonie hispanique ou un comptoir portugais où l’on hume les épices, se détend à l’ombre d’un palmier en ne songeant plus à rien. Les pirates ne sont-ils pas des proto-punks riches ?  L’oisiveté est nettement visible sur Pink Eye (On My Leg) où elle confine à la folie, si l’on en croit les aboiements de chien et les « vocalises » infâmes du chanteur. Le disque s’achève sur la David Bowiesque/Gilmouresque She Wanted to Leave, chanson grandiose qui laisse ouvert un vaste champ de possibilités devant soi, mais qui ne laisse cependant aucune place à l’éventualité d’un retour au bercail. Des bribes du ragtime des vertes terres natales résonnent encore dans la brise (2 :55), mais elles sont lointaines et terriblement déformées… C’était quoi déjà ?

Ecoute intégrale du disque : 





lundi 22 octobre 2012

The Dark Side of the Stars (IV) // BACKSTAGE INCRUSTE // De Ted Horowitz à Popa Chubby : en quête de blues…


Notre fan professionnelle à encore frappé un grand coup ! Après sa brève mais intense romance télépathique avec Jack White (le live report du concert du bonhomme de Nashville à Lyon le 4 septembre dernier c’est par là !), voila l’inépuisable Mlle P.M qui jette son dévolu sur plus de 100 kilos de mythe vivant en concert le 16/10 à Montpellier : le légendaire Popa Chubby, poids lourd tant au sens propre qu’au sens figuré, de la scène blues-rock New Yorkaise. Et pour tchatcher et se remémorer le bon vieux temps avec le beau gros bébé ca n’est pas bien compliqué… Il suffit d’un généreux verre de vin ! Récit de la rencontre en backstage avec citations, anecdotes et tofs de pola à l’appui !


Popa Chubby est un gros monsieur chauve, tatoué, transpirant, légèrement inquiétant, qui à la fin du concert donne ses médiators aux gamins qui sont venus le voir ; c’est un ex-punk roi de la rock’n roll attitude qui lance « Bisous !! Bisous !! Bisous !! » à son public ; C’est un dieu de la guitare avec qui on peut parler de tout et de rien (Popa Chubby : Comment tu fais, tu as vraiment une belle peau ! ») ……………….. . . .  .  .  .   .   .     .     .      .         .


Mardi soir, Popa était au Rockstore à Montpellier, pour offrir 3h de live phénoménal incluant son dernier album  Back to New York City.

Depuis quelques années, Popa Chubby est encensé – à juste titre – pour ses reprises de Purple Haze et Hey Joe. Rapidement classifié dans notre mémoire collective et sur YouTube comme LE bluesman quinquagénaire type. C’est le genre de ceux qui ont bien conscience que le blues est une musique historique chantée par les noirs dans les champs de coton et que ça, ça mérite le respect !








Popa Chubby : THAT’S BULLSHIT ! Le blues, c’est quand tout foire et que bien sûr t’es seul comme un con. Le blues, c’est chaque fois que tu te dis "LA, C’EST LA MEEERDE". 

« C’est la merde », Popa le dit souvent en français. Il connait bien la France et il fait partie de ces artistes prolifiques qui ont compris que le français aime le blues : un album et une tournée européenne par an, avec nombre de dates dans l’hexagone. Toujours dans de petites salles systématiquement pleines à craquer, deux heures de concert minimum avec bain de foule, signature d’autographes et photos à la fin (plus vin en backstage si affinités…).


DM : Mais après un concert comme ça, tu ne rêves pas de prendre une douche et d’aller dormir ?

Popa Chubby : Je ne peux pas dormir après les concerts, j’ai trop d’énergie, surtout avec un public comme ça. Regarde, je tremble encore ! 

Et si vous êtes de ceux qui vont en backstage, vous saurez que Popa Chubby n’est pas un simple mortel qui reprend du Jimi Hendrix, c’est un être élu qui flaire le blues dans toutes ses manifestations : dans le rock’n roll, le jazz, le métal et même la musique classique…


                          

Et vous saurez peut-être aussi qu’à l’époque où on l’appelait encore Ted Horowitz il a joué dans des groupes d’ horror rock, de punk, de new wave, et qu’il nous reste encore beaucoup de choses à découvrir de lui.

Popa Chubby : Tu sais, je suis connu pour faire ces reprises de chansons de Hendrix. Il y a des choses pires dans la vie ! »

Des choses pires…  Par exemple avoir 16 ans dans le Bronx à la fin des années 70, être héroïnomane et jouer dans le métro avec une guitare à 79$. Il a joué de tout, tout ce qu’il pouvait entendre à la radio : les Beatles, les Stones, Led Zep, Hendrix, Donovan, Elton John, tout ce que les gens avaient l’air d’aimer.
A tout juste 18 ans il répond tout naturellement à une petite annonce du journal local : le CBGB cherche un guitariste. Il y va en métro et rencontre Screaming Mad George un bassiste japonais spécialiste des effets spéciaux qui le prend dans son groupe de Horror Rock.



C’est la grande période du CBGBs ! Il se souvient même du premier show des Ramones, des Runaways, des Cramps, et il part en tournée avec les premiers punks New Yorkais : The Voidoids.
Quand le groupe se sépare, Ted se retrouve de nouveau à jouer dans la rue. Il fait la manche à Central Park quand il croise Pierce Turner avec qui il enregistre des ballades dont The Sky And The Ground   applaudi par le magazine Rolling Stones en 1989, et ils partent en tournée en première partie des Stranglers.




Popa Chubby : On était juste les mauvaises personnes pour ouvrir pour les Stranglers, Pierce faisait une musique sensible. Le public des Stranglers venait surtout pour voir le bassiste JJ Burnel, un français, veste en cuir, karatéka, qui balançait des coups de pieds et ce genre de trucs. Un soir des mecs du public m’ont traité de gros bâtard et je leur ai lancé un seau d’eau à la figure. Le lendemain ils m’attendaient en backstage pour me dire qu’ils m’adoraient et qu’on était amis pour la vie! C’est l’attitude rock’n roll, il ne faut pas rester spectateur. 

S’ensuit une période de petits boulots à repeindre des appartements le jour et jouer avec des groupes la nuit.
Popa Chubby : Je détestais ça ! Et en 1989, beaucoup de bars ont ouvert à New York. Je me débrouillais à la guitare et je savais un peu chanter alors j’ai commencé à jouer en solo, parce que comme ça je pouvais faire 3 concerts par nuit.»

C’est Bernie Worrell, le chanteur de Parliament Funkadelic, qui lui a donné le nom de scène ‘Popa Chubby’ pendant un jam en 1990.

S’ensuivent 25 albums, 2 dvds de masterclass, environ 200 shows par an (Popa Chubby : J’ai une maison à New York tu sais, sauf qu’en fait j’habite à l’hôtel ! » ) et toujours une ouverture d’esprit dans sa façon de voir la musique, dans son rapport avec le public, dans l’envie de se renouveler, d’avancer pour rester dans « ce qui est vrai ».

Popa Chubby est une expérience désorientante à vivre absolument.



« Mais tu sais, vous avez aussi des bons guitaristes en France. Encore un peu de vin? J’ai fait des trucs avec Luuuis Bertignac. Et il y a mon ami Paul Personne. Et Personne en français il parait que ça veut dire ‘Nobody’! Hahaha ! Tu devrais m’apprendre le français. Enfin, Paul en fait il est Belge. C’est comme votre chéri, Johnny Hallyday, je le connais un peu lui aussi. Ben il est pas français, il est Belge. Mais bon, ici vous dites tous que c’est Elvis alors… »





mercredi 26 septembre 2012

Il n’y a de divin que le jazz et Avishai (Cohen) est son prophète !


Mais qui est donc Avishai Cohen ? Selon la bio officielle, trouvée en trois clics sur Wikipedia & Cie, ce jeune prodige de la « cinq cordes » qui affole les journalistes musicaux spécialistes es jazz, est né il y a quelques 42 printemps dans un kibboutz du nord d’Israël. Mais on ne nous la fait pas à nous celle-là ! Comment l’être à l’origine du si parfait et intimidant météore musical Continuo, directement tombé des étoiles le 23 mai 2006, pourrait-il avoir à peine moins d’un demi siècle ??? Bon ok, un certain barbu de Nazareth avait 33 ans le jour où il s’est amusé à faire de l’équilibrisme sur deux bouts de bois et qu’il en est entré dans l’histoire. Mais à l’époque  ce garçon là était over-pistonné ! Avec sa filiation vous me direz… Alors que du côté d’Avishai, mis à part quelques vagues zicos pas grand-chose à retenir de l’arbre généalogique à moitié déraciné du bonhomme. Pas même un petit prix Nobel de littérature, ni même un prophète de 3ème division…  C’est un coup à se convertir à l’hindouisme dare-dare. Parce qu’avec le concept de réincarnation on pourrait trouver pas mal de réponses au mystère de cet OVNI musical millénaire. 

Entre jazz, pop, sonorités classiques, musique orientalisante et même rock, le disque semble faire un impossible grand écart à travers les continents, les époques et les genres… Et tout cela sans risquer la moindre luxation musculaire ! Le chaînon manquant musical qui permettrait à tous de se tenir par la main en dansant et en riant ? Who knows… 




Quoi qu’il en soit au moment de la parution de ce petit bijou sonore (2006)  Avishai Cohen n’en est pas à son premier miracle. Le musicien prodigue a déjà publié six albums plus qu’honnêtes sous son nom et a participé à de nombreux enregistrements live et studios pour des musiciens jazz de renom, dont Chick Corea, son mentor. 

Mais avec Continuo, disque exclusivement instrumental,  les mélodies et les rythmes du trio s’imbriquent à la perfection les uns dans les autres ; une sainte trinité sacré : Au nom de la basse, du piano et de la batterie, Amen… Ainsi, c’est comme si la chaude contrebasse d’Avishai,   le clavier sautillant de Sam Barsh, et les parties de percussion élastiques de Mark Guiliana constituaient les différents encéphales d’un unique et même cerveau. Chacun va remplir un rôle bien précis, mais tous seront parfaitement coordonnés au service d’un chef d’œuvre de mécanique cérébrale à l’origine de l’étincelle de la vie. Et plus que de la vie c’est de mélodie et de groove dont il est question ici ! Sur un titre comme Smash on se demande vraiment si Flea le bassiste des Red Hot Chili Peppers ne se serait pas tapé l’incruste dans le studio d’enregistrement, tant les plans développés lorgnent vers des trames outrancièrement funky !

Mais le talent de compositeur et d’arrangeur du leader, la parfaite exécution des deux autres musiciens et leur aptitude  à coordonner l’ensemble, ne suffiraient pas à expliquer la singularité de Continuo dans la foisonnante discographie d’Avishai. L’histoire musicale est truffée de compositeurs n’hésitant pas à stimuler leur encéphale à grandes bouffées d’opiums, alcool,  LSD, marijuana, ecsta et autres substances pas vraiment recommandables. Et bien ici le bouillonnant cerveau va aussi avoir recourt à un puissant stimulant qui, tout au long du disque  soulève des nuages étouffants de sable brûlant et imprègne ses moindres recoins d’une inimitable odeur de Méditerranée et d’Orient : le joueur d'oud Amos Hoffman, également israélien. Dès l’ouverture de Nu Nu son jeu évanescent marque l’opus de ses sonorités millénaires.




Nu Nu opère une parfaite synthèse de l’ensemble. Changements de rythmes incessants, successions de phrasés musicaux beaucoup plus complexes qu’ils n'en ont l’air à première vue et inextricables enchevêtrements d’instruments. La contrebasse claque, grince et ronfle avec la brutalité et l’intransigeance de celui qui sait que les autres savent qu’il est LE boss. Mais ce n’est pas cela qui va empêcher les nombreuses réactions d’orgueil qui truffent les parties des deux fortes têtes au service du maestro. Alors que le piano tente de prendre le contrôle de pas mal de morceaux (Samuel, Elli, Calm, Arava),  la batterie quant à elle part régulièrement dans de frénétiques et bruitistes démonstrations de force bien trop impertinentes pour un album estampillé de la sérieuse labellisation « Jazz music ». Mention spécial du jury au solo de batterie d’Emotional Storm dont on se demande très sérieusement si Mark n’aurait pas discrètement refilé ses baguettes à Shiva (dieu hindou pouvant avoir jusqu’à dix bras) pour l’occasion !
  



Parfaite BO d’un film qui n’a jamais vu le jour, les pistes ne demandent qu’à habiller de grands moments du 7ème art. La scène d’introspection d’un vieillard qui pose sur sa vie un regard lucide, nostalgique et sans concession au crépuscule de sa longue existence magnifiée pour le nostalgique thème de piano d’Elli ? Et si One For Mark servait à renforcer la détermination d’un jeune premier enfin prêt à retourner des montagnes pour la belle à laquelle il est sur le point de déclarer sa flamme ? Et quoi d’autre qu’une bonne vieille baston pour l’explosive intro de Smash ? A moins qu’une chevauchée solitaire vers l’infini ne convienne mieux au thème inlassablement répété ? …

Elli by Avishai Cohen on Grooveshark
One for Mark by Avisahi Cohen on Grooveshark

Pour le reste, de Ani Maamin à Continuo en passant par Samuel ou Emotional storm l’économie de mots serait plutôt de rigueur. Musique inqualifiable et introspective, elle saura se frayer sans mal un chemin dans les synapses de chacun et y trouver un petit coin où s’y lover délicatement … et pour longtemps. Et là ou l’âme est en pleine conversation avec émotions et sensations, pas besoin de maîtriser la marche dans les terrains glissants du solfège et de la musicologie pour apprécier les joyaux qui composent le disque (Ce qui n’empêchera pas bien sûr une deuxième lecture plus cérébrale et technique pour les érudits de la Blue Note).


Flash Spécial live: Et pour les petits curieux hexagonaux, Avishai Cohen sera en pleine opération messianique de conversion et de séduction du public  parisien le 20 octobre prochain, pour un concert exclusif  au Café de la Danse ! Il s’agira à cette occasion de défendre son tout nouvel album Duende, de facture beaucoup plus classique que Continuo, mais tout de même de très bonne tenue.



jeudi 6 septembre 2012

Bonus Tracks (IV) // LIVE REPORT: Et Jack White se mit à jouer du Jack White ...


Bon, autant mettre les choses au point dès le début de ce nouvel article. Monsieur Jack White n’a certainement pas besoin d’un petit Live Report de rien du tout, provenant du fin fond des égouts de la blogosphère franco-française, pour épauler son féroce arsenal de communication. Mais c’est en victime consentante et tout acquise à sa cause musicale que nous ne pouvions rater l’occasion de publier un papier aux petits oignons sur l’une de ses (trop rares) virées hexagonales. Même Kaa le pernicieux hypnotiseur du Livre de la Jungle de Kipling n’aurait pas fait mieux… C’est donc Mlle P.M,  esclave de toutes les pérégrinations sonores du bonhomme de Nashville qui s’est jeté dans la gueule du loup à l’occasion de son show  lyonnais du Transbordeur le 4 septembre dernier. Et selon nos dernières informations, il n’en aurait fait qu’une bouchée ! Voici la déposition que la maréchaussée aurait par la suite recueillie …



« En attendant devant le Transbordeur (Lyon), je visionne des vidéos de la dernière fois que j’ai vu Jack White, au concert des White Stripes en juin 2007. Mais ce soir, ce n’est ni les Stripes, ni les Raconteurs que je viens voir et je me demande… Que vaut-il tout seul? Dans quel univers va-t-il  nous entraîner? La facilité serait de nous servir un « very best of » incluant les singles de son nouvel album, les classiques des Stripes, quelques succès des Teurs et une ou deux reprises dont il a le secret. Et ce serait top. Mais j’en attends un peu plus…

A l’ouverture de la salle le groupe Peggy Sue, chargé de la première partie, finit la balance sur scène. Dans un coin, le technicien de Jack White accorde et vérifie méticuleusement chaque guitare comme un mafioso qui graisserait son calibre.



Peggy Sue commence par nous proposer un combo intéressant : vocal/guitare ; vocal/guitare/caisse claire ; basse/caisse claire ; batterie. Du rock froid et lisse  acidulé par deux voix féminines, techniquement parfait, mais quelque chose ne prend pas et l’envie semble manquer. Est-ce la balance à l’arrache, l’accueil tout juste poli du public ou le fait d’être entourés par les draps bleus de Jack?



Les chanteuses remercient Jack White et enchainent sur une reprise vocale de Hit The Road Jack (facile mais sympa). Encore une ou deux chansons pas très motivées et les musiciens sortent. Un mec à côté de moi me demande «Ca commençait juste à être bien non ? ». Oui, la dernière était de loin la meilleure !

A peine Peggy Sue avait fini que les roadies de Jack envahissent la scène. C’est une mécanique rodée que les fans du monsieur connaissent : costards et chapeaux noirs s’agitent pour préparer les instruments selon un rituel minuté. Seul petit changement : les cravates et bretelles rouges sont devenues bleu clair depuis Blunderbuss.




Enfin, Jack arrive et commence fort, vite, et saturé. Il regarde à peine le public et enchaîne Black Math et Sixteen Saltines. Check.


Les photographes officiels sont cordialement priés de partir par des roadies qui les poussent vers la sortie et le vrai concert commence : Jack a la voix fatiguée mais peu importe, il enchaine pas mal de chansons des White Stripes entouré par des musiciens hors pair.



Les musiciens sont autour de lui : batterie à sa droite, basse en retrait, violon et slide guitar derrière lui, piano et clavier à sa gauche. Il est au centre et le crew ne le quitte pas des yeux, attentif à tous les signes.



Les instructions sont rapides, un oui de la tête : commence un solo, un regard : chante à ma place, un geste en l’air : stop!, une tape sur l’épaule : laisse-moi ton piano, un geste vers les coulisses : une violoniste entre en scène. Parce que les filles des Peacocks sont toutes là en backstage, Jack choisit le jour même avec qui il jouera le soir : son groupe masculin ou féminin.

Il s’impose en chef d’orchestre, chaque musicien est un instrument à part entière et il lance sans arrêt des instructions, chacun doit suivre et est récompensé par de grands sourires.

Jack White s’éclate.

Content de sa musique, il est à fond –rock et sexy- , lance des grands « YEAH » et chambre le public.
Il explique qu’il sait que les français détestent la country depuis toujours, alors il va en jouer pour qu’on puisse passer à autre chose.



Le concert a été épique, tout s’est passé à une vitesse fulgurante, trimballés entre Love interruption, une version de Dead Leaves and the dirty ground au piano, un Hotel Yorba en evil country, Top Yourself, Hello Operator, Freedom at 21 gras et saturé, et Seven Nation Army version light – pour la route.

Pas de rappel, mais le public est ravi. Jack a fait le tour de son répertoire et de ses différentes facettes et formations sans servir un « very best of » au public lyonnais. Jack White, grand architecte de son propre univers.... Juste Parfait. »  




  

mercredi 15 août 2012

Les tribulations germaniques de I Heart Sharks



Le problème avec les jeux olympiques, c’est que la course aux médailles se fait par chaque pays de son côté, et qu’au lieu de célébrer la collaboration il conforte les fiertés nationales. I Heart Sharks n’aurait pas pu participer à la compétition car ils ont eu l’impudence de mélanger leurs provenances : New York, Londres et la Bavière réunis à Berlin. Voila une entente cordiale qui malgré une légère entorse au règlement a mené à la médaille d’or. 


Pour monter une équipe il faut quand même un langage commun, ce sera l’anglais, dans une version germanisée imitant (à dessein ?) celui des lointains faubourgs de Londres. Rien n’aurait pu aller mieux pour enrober cette new-wave-électro-math-rock d’outre-tombe qui sent l’humidité des caves et la poussière des entrepôts. Le premier single Wolves fait d’emblée froid dans le dos, à la fois par son instrumentation glaciale, son chant répétitif saturé d’échos et  par son clip minimaliste moitié danse moitié happening contemporain. Imaginez qu’ils ont appelé leur disque Summer, quand absolument aucune chanson n’évoque le début du printemps ; un peu comme Magritte et son « Ceci n’est pas une pipe ».


Ah mais non, le second single se nomme « Let’s just pretend it’s summer ». OK, des états d’âme allemands, météorologiques et/ou métaphoriques,  sur l’absence d’été au nord des Alpes. Admirez les fines lignes de guitare sur fond de synthé bouillonnant, c’est une drôle de vision de l’été mais pourquoi pas ; après tout la glace peut brûler.


Animals by I Heart Sharks on Grooveshark

Le groupe a réellement buzzé en début d’année en étant retenu comme la BO du sublime line-up du Festival de Berlin 2012, intégrant chaque groupe au cœur de la ville sur fond d’un « Und das ist die neue Geschichte », tiré de Neuzeit. Beau tremplin amplement mérité, et on aimerait bien entendre plus parler de groupes d’un pays situé entre l’Angleterre et la Suède. Un groupe c’est la façade d’un label, et voilà une porte d’entrée toute trouvée pour l’exploration des mélopées germaniques : AdP pour Auf der Platz Records. Shakespeare’s language de rigueur.


Le groupe cite The Cure et Kraftwerk comme influences ; elles sont autant évidentes par les arpèges électroniques omniprésentes que le chant désespéré de Pierre Bee, quoiqu’avec un gros soupçon de modernité bien à propos. Pourquoi une médaille d’or ? Ils mélangent des choses assez convenues dans le milieu finalement. Mais non, parce qu’en démolissant les frontières, ils ont trouvé une identité ultra forte et ultra originale, reconnaissable entre mille autres en une fraction de seconde. Ils rendent le kitsch sérieux, l’extirpant des masses radiolobotomisées pour le rendre esthétique, lui insufflant une âme tirant sa beauté de sa mélancolie, comme le « Sturm und Drang » national de jadis. Quand on en vient à évoquer l’été par des mélodies comme celles de Lies ou de Ny Bln, mieux vaut ne pas penser à leur vision de l’hiver !






jeudi 17 mai 2012

Freezepop, maladie musicalement transmissible …



Nous nous étions déjà goinfrés à n’en plus pouvoir des friandises hyper calorifiques du dégoulinant Freezpop Forever, premier album du groupe de synthpop US (Article DM à (re)découvrir ici ! ). Comme après une orgie pascale à base de pâte de cacao, l’écœurement n’était pas très loin. Et bien autant vous prévenir tout de suite, la suite peu d’estomacs pourront y résister. Coup de grâce fatal donc avec le deuxième album du trio,  Fancy Ultra Fresh, paru en 2004. Et comme si une crise de foie ne suffisait pas, voila en plus le rêve enfantin plein de sucre d’orge et de pain d’épice qui tourne au cauchemar lubrique.  Le kitch que l’on avait pu prendre pour une adorable naïveté se  révèle en fait ici être un cruel mélange d’agressive ironie et de perversité autodestructrice.  L’ensemble des méchantes pistes d’électro pop s’articulent comme le piège inéluctable pour enfants trop paresseux qui manque de se refermer sur Pinocchio. On est bien loin de l’univers Hello Kitty « Girly-Geek » du premier album. Martinet en cuir, accessoires piquants en tous genres et menottes d’acier sont au programme de cet BO discount pour sex shop SM miteux de banlieue déshéritée. Première illustration avec un  Boys on film échevelé et provocateur.

Boys On Film by Freezepop on Grooveshark

 


Dès les premiers instants Stakeout aguiche le chaland avec ses synthés vulgos et ses boîtes à rythmes de game center. Il s’agit de faire briller les néons maladifs de la boutique plus fort que ceux du voisin pour empêcher le client de se rendre compte que les colonnades style empire ne sont qu’une mauvaise imitation en carton pâte et que le lourd rideau de velours est parsemé de trous de clopes… Et c’est réussi, nous voilà  dans la gueule du loup. Si Freezpop Forever était le tube autobiographique rafraichissant de l’éponyme premier album, le glacial Parlez vous freezepop ? prend la suite et annonce la nouvelle donne. C’est dans la langue de Molière que l’ingénue Liz Anthousiasm, devenue la sinistre  tenancière fait la retape de  la marchandise de la boutique. Chantres du bon goût encore une fois, abstenez-vous…  Maquerelle peut être, mais clairement dominatrice, et la demoiselle vous prévient avec un I’m not your Game Boy menaçant, la patronne ici c’est elle : “don't play with me / I am not your toy /oh can’t you see / I am not your gameboy / (…) just look at me /I am not your gameboy /I don't have a joystick /or a backlit lcd /no nintendo logo /don't push that cartridge inside me /cause i'll push back, just wait and see.”



I Am Not Your Gameboy by Freezepop on Grooveshark

Maintenant plus possible de reculer, Il est temps de se pencher sur les rayonnages poisseux remplis d’horreurs capable de provoquer une hécatombe de syncopes parmi les paroissiens intégristes de Saint-Nicolas du Chardonnet.  Bike Thief en est l’idéale tête de gondole racoleuse. Synthés glauques, rythmique oppressante,  voix désincarnées…  Et que dire de That boy is all about fun !… Son ambiance robotique et son refrain à la limite de la 8 bit pop ont tout pour rendre sa flamboyante ligne mélodique dangereusement addictive. 

That Boy Is All About Fun by Freezepop on Grooveshark

Bike Thief by Freezepop on Grooveshark

Puis Manipulate est l’idéal titre pour une séance de lap dance réussi. Suggestif et évocateur  sans trop se dévoiler, au kitch mystérieux et faussement lointain, ses cinq minutes de déhanchements chaloupés ne feront qu’attiser ces messieurs prêt désormais à faire chauffer leur CB.


 Il y en a pour tous les goûts avec le martial Chess King qui  n’est pas sans rappeler la rythmique du décapant Blue Monday de New Order. C’est donc au tour du Ken de service du groupe, de faire son show d’une voix désabusée  de professionnel blasé.

Chess King by Freeze Pop on Grooveshark


Enfin Tonight constitue une effrayante et lancinante parodie de love song disco ou l’art de la simulation est poussé à son paroxysme. Perverse déclaration d’amour tarifée, poignante et banale à la fois…

Tonight by Freeze Pop on Grooveshark

A vous maintenant de bourrer votre Ipod de ces honteux music toys pour titiller vos tympans dans de torrides séance d’écoute. On ne le dira à personne ! C’est promis …