Loin des
soirées mousse, loin des champs’ et loin des dérives sociologiques
stéréotypées, existe le Bisontin YoggyOne. C’est pas fait pour danser, c’est
pas fait pour rigoler, c’est fait pour apprécier.
Difficilement
cernable, quoiqu’avec de légères parentés du côté de Mount Kimbie de James Blake ou de Nosaj Thing, le nouvel opus intitulé Canopée est un magnifique
fatras d’investigations sonores, jonglant avec des rythmiques artisanalement
sublimes (craquements d'allumettes ? papier froissé ? bouteilles vides entrechoquées ? marche dans la neige ?), des lignes de synthés ronronnantes délicieusement travaillées et des
samples de voix vocoderisées. C’est du bel ouvrage, c’est esthétique, homogène
et novateur. Fondant dextérité et inventivité, Canopée est à la hauteur de ce
qu’on pouvait attendre de YoggyOne à l’aune de son EP « Preparations »,
le bouillonnant substras échappé de son chaudron magique il y a trois ans.
Déjà sévissait cette beauté glauque, chimère de chimiste
a-académique, prolongement philosophique de l’enfant qui met le câble noir dans
le trou rouge pour voir si tout va exploser. Le génie, c’est de ne pas éluder
la mélodie par l’expérimentation : tout doit servir. Ni minimalisme, ni
boucles, ni overdoses, tout dans sa musique fait sens par nuances, atteignant l’optimum
par tâtonnements.
Chapeau bas au contre-courant, à la liberté de créer, au jet de galet sur la surface moribonde de la soupe française.
Pour la célébration officielle de la naissance du divin
enfant vous saurez sans aucun doute choisir la BO parfaite, à piocher entre chœurs
traditionnels, mainstream cul-cul la praline ou revival « indépendant » comme
l’ont déjà fait Bright Eyes ou Sufjan Stevens. Mais pour la fête ancestrale du
solstice d’hiver qu’aurez-vous ? Ne vous inquiétez plus, nous avons
déniché les mélopées qui siéront le mieux à cette orgie païenne de fin d’année,
vous pourrez sereinement festoyer la renaissance du feu sacré avec le
déchaînement créatif de 50 Hertz !
Quand les enfants s’endormiront paisiblement au délicat tintinnabulement
de Douce Nuit, sous le joug innocent de
la passion consumériste la plus totale, vous
pourrez, dans un esprit hipster et complètement novateur bien entendu, savourer
la version alternative du passage par le jour le plus court de l’année. Et quel
que soit le péril, il faut l’affronter à bras-le-corps pour le surpasser, en ceci 50 Hertz constituera vos
parfaites braises symboliques. Un idoine rituel de passage, mélange de folie,
de décadence mais toujours empreint de l’esprit de Noël.
Difficile d’établir une grille de lecture tant leur musique
est bordélique. Leur discographie est dure à établir, que croyiez-vous, ces
choses-là ne tombent pas au creux de la main, c’est de l’archéologie musicale :
on fouille, on est déçu, on refouille, on trouve des choses, on essaye d’établir
leur date, leur authenticité, puis de former des relations entre elles. C’est
sûr que c’est plus facile avec les gentils chrétiens qui consignent tout qu’avec
les sauvages arboricoles qui ne connaissent pas l’écriture. Nous ne savons donc
que peu de choses : ils viennent du sud de la Suède, leur apogée se
situait au début du XXIème siècle et ils ont vécu très en marge des autres
civilisations, probablement dans une situation de quasi-ermitage. Cette
isolation presque totale a mené à leur perte, pour raison de consanguinité et de crises de folie aiguës, mais elle a néanmoins permis une très grande
originalité, en les affranchissant de toutes les conventions alors en vigueur.
Vill du gifta dig med mig (och min bror)? by 50hertz on Grooveshark
Quand la plupart cherchent à rationaliser leurs idées, les
assembler de manière cohérente pour proposer ce qu’on a appelé plus tard des
morceaux de musique, 50 Hertz ne s’est jamais préoccupé d’un quelconque
peaufinage. Ils étaient de grands impulsifs, à la limite de la psychopathie, et
enregistraient leurs idées sans jamais les retravailler. N’ayant pas de
desseins commerciaux, ignorant les concepts de richesse, de profit et d’accumulation,
ils n’ont donc jamais mélangé musique et séduction. D’où la difficulté à comprendre l’œuvre. Il faut abandonner un certain nombre d’automatismes et de
concepts modernes pour prétendre saisir cette musique et ne pas faire d’anachronismes
psychologiques.
När Jag Säger Kör, Kör Vi by 50hertz on Grooveshark
Nous ne savons que peu de choses avec certitude : 50
Hertz a longtemps été proche d’autres groupes suédois comme Slagsmalsklubben ou
Stay Ali, puis un événement les en a fait s’éloigner pour une raison inconnue.
Quand les deux autres ont réussi sans trop de mal à s’adapter aux révolutions
en cours à l’époque, lissant peu à peu leur musique pour la rendre propre à l’emploi
par les populations méridionales, les membres de 50 Hertz ont brusquement
disparu de la circulation. Contradictions internes, désaccords trop profonds ou
incapacité à évoluer, nul ne sait. Leur absence d’évolution, ou refus d’acculturation,
les rend particulièrement intéressants d’un point de vue ethnologique, à l’instar
des enfants sauvages et des chèvres à trois cornes, car elle renseigne sur les
changements qu’apportent l’obstination et l’autarcie.
Le résultat peut choquer. Disons-le tout net, il y a des
choses bonnes, d’autres mauvaises, de belles mélodies et du bruit infâme, des
singles potentiels et des mauvaises blagues. Tout est brut, souvent décousu,
brouillon et approximatif. Mais les idées fusent sans cesse, et le style
nordique païen est reconnaissable à chaque instant. Cette espèce de galimatias
électronique mi festif mi traditionnel, parfois guilleret parfois clairement
flippant. Des gémissements, des boîtes à musique et des monologues en suédois
font irruption de temps en temps, mais le sens demeure énigmatique. Rites
sacrificiels ? Prosternation collective ? Bûchers ? Mystère et
boule de neige !
Une seule autre certitude, le solstice d’hiver était le
moment le plus important de l’année, il n’y a qu’à voir le nombre d’emprunts
que le christianisme leur a faits, mettant de l’ordre dans tout ce charabia de
paganisme afin de s’en servir pour leur propre fête, décalée de quatre jours. Ce
qui rend 50 Hertz passionnant, c’est de savoir que nous ne les comprendrons
jamais vraiment, que la grande majorité de leurs codes resteront inexpliqués à
jamais et qu’ils sont un exemple presque unique d’insularité musicale.
Le problème avec les jeux olympiques, c’est que la course
aux médailles se fait par chaque pays de son côté, et qu’au lieu de célébrer la
collaboration il conforte les fiertés nationales. I Heart Sharks n’aurait pas
pu participer à la compétition car ils ont eu l’impudence de mélanger leurs
provenances : New York, Londres et la Bavière réunis à Berlin. Voila une
entente cordiale qui malgré une légère entorse au règlement a mené à la
médaille d’or.
Pour
monter une équipe il faut quand même un langage commun, ce sera l’anglais, dans
une version germanisée imitant (à dessein ?) celui des lointains faubourgs
de Londres. Rien n’aurait pu aller mieux pour enrober cette
new-wave-électro-math-rock d’outre-tombe qui sent l’humidité des caves et la
poussière des entrepôts. Le premier single Wolves fait d’emblée froid dans le
dos, à la fois par son instrumentation glaciale, son chant répétitif saturé d’échos
et par son clip minimaliste moitié danse
moitié happening contemporain. Imaginez qu’ils ont appelé leur disque Summer,
quand absolument aucune chanson n’évoque le début du printemps ; un peu
comme Magritte et son « Ceci n’est pas une pipe ».
Ah mais
non, le second single se nomme « Let’s just pretend it’s summer ».
OK, des états d’âme allemands, météorologiques et/ou métaphoriques, sur l’absence d’été au nord des Alpes.
Admirez les fines lignes de guitare sur fond de synthé bouillonnant, c’est une
drôle de vision de l’été mais pourquoi pas ; après tout la glace peut
brûler.
Le groupe a réellement buzzé en début d’année en étant
retenu comme la BO du sublime line-up du Festival de Berlin 2012, intégrant
chaque groupe au cœur de la ville sur fond d’un « Und das ist die neue
Geschichte », tiré de Neuzeit. Beau tremplin amplement mérité, et on
aimerait bien entendre plus parler de groupes d’un pays situé entre l’Angleterre
et la Suède. Un groupe c’est la façade d’un label, et voilà une porte d’entrée
toute trouvée pour l’exploration des mélopées germaniques : AdP pour Auf
der Platz Records. Shakespeare’s language de rigueur.
Le groupe cite The Cure et Kraftwerk comme influences ;
elles sont autant évidentes par les arpèges électroniques omniprésentes que le
chant désespéré de Pierre Bee, quoiqu’avec un gros soupçon de modernité bien à
propos. Pourquoi une médaille d’or ? Ils mélangent des choses assez
convenues dans le milieu finalement. Mais non, parce qu’en démolissant les
frontières, ils ont trouvé une identité ultra forte et ultra originale,
reconnaissable entre mille autres en une fraction de seconde. Ils rendent le
kitsch sérieux, l’extirpant des masses radiolobotomisées pour le rendre
esthétique, lui insufflant une âme tirant sa beauté de sa mélancolie, comme le « Sturm
und Drang » national de jadis. Quand on en vient à évoquer l’été par des
mélodies comme celles de Lies ou de Ny Bln, mieux vaut ne pas penser à leur
vision de l’hiver !
Le Québec et la musique ? Aussitôt voilà que résonne dans notre cortex de stridentes dénominations à réduire en miettes en moins d’½ seconde la « collec » entière de céramiques de la Manufacture de Sèvres : Garou, Roch Voisine, Lynda Lemay et… la reine des reines, sa sérénissime majesté impériale Céline Dion. Nos confrères musicaux québécois semblent ainsi s’être spécialisés dans les « chanteurs à voix » (doux euphémisme…). En même temps, il faut pousser une belle gueulante pour pouvoir espérer être entendu de l’autre coté de l’Atlantique : 6 000 km ce n’est quand même pas rien !
Pour ce faire, Qualité Motel, monstrueuse résurgence électro bête et méchante des fines lames de Misteur Valaire (chroniqués ici même il y a peu) a choisi une autre stratégie. Plutôt que de risquer l’indigestion au miel de sapin et une entorse des cordes vocales, les cinq malicieux bonshommes misent sur la puissance de leurs machines électroniques et sur leur capacité à enchaîner de lourdes boucles de synthétiseurs sursaturés pour traverser l’océan sans naufrage. Ce projet parallèle du quintet jazz-électro prend ainsi la forme d’un déversoir musical francophone des plus visqueux. Un cloaque délicieux où batifolent en liberté tentations douteuses et pulsions carrément incorrectes…
C’est bien connu, la bière « Delux » est la pire que l’on puisse trouver pour se rafraîchir le gosier, le fast food « Best Burger » est à éviter dans l’intérêt de l’intégrité de son estomac, sans parler des produits estampillés par le label « Delicious & Tasty »… Pour le Qualité Motel même combat ! le Motel California, 1ère établissement de la franchise fait fort dans le hard discount de pacotille depuis son ouverture le 1er avril 2012. On se demande ce qui y est le plus dérangeant pour les pauvres hères qui y échouent par mégarde ; des draps d’une propreté plus que douteuse de Je vous salue Marie aux cloisons en carton pâte qui ne couvrent aucun des coupables épanchements d’En selle Gretel, en passant par la tuyauterie qui n’arrête pas de fuir et de chuinter pour un Motel Engineer 8bit de tous les diables …
Pour le reste le disco sound system tout terrain de l’établissement se chargera de recouvrir les fissures et les mauvaises finitions de la charpente sous un déluge sonore salvateur. La dégoulinante intro d’En selle Gretel en est l’exemple le plus implacable. La suite est une absurde et maladroite déclaration d’amour qui se prend les pieds dans le tapis mité dès le hall d’entrée du « palace ». Moqueur et carrément jouissif !
De la voix de boysband benêt de Je vous salue Marie aux robotiques vocalises de Kisu Kisu en passant par le rap furieux de Piscine/Pool, le casting est parfait pour un revival trash du Musical Notre Dame de Paris en version techno- hard-discount. Voilà enfin une cour des miracles digne du chef d’œuvre de Victor Hugo !
Vous l’aurez compris, nous voilà à des années lumières de l’Hotel Normandie de Deauville et de ses confrères du triangle d’or des palaces parisiens… Mais n’empêche, qu’est ce qu’on s’amuse au Motel California ! Entre le volcanique Arabesque et Indécence, le Gainsbourien Vol de Nuit et le technival de Motel Engineer, les soirées sont tellement chaudes sur le dancefloor…
Bref, une étape crasseuse mais incontournable du chemin de croix musical 2012. Et rassurons expressément les radins culturels de tous poils et les aventuriers qui ne se nourrissent que de sons, d’amour et d’eau fraîche. Pour ceux qui auraient quelques scrupules à débourser quoi que ce soit pour déposer leurs paquetages poussiéreux dans cette miteuse adresse, sachez que leur seul effort consistera à cliquer sur le lien ci-dessous et à se laisser guider pour télécharger le tout gratuitement !
Allez, avant de revenir à des contrées musicales plus nobles (et bien plus emmerdantes) c’est maintenant le moment de finir en beauté avec un titre éponyme indescriptible…
Voila (enfin) la chaleur qui prend à contrepied les analyses catastrophistes des spécialistes météorologiques de Télé 7 Jours. Et tandis que les dernière copies du bac ont été torchées et que les sinistres profs de maths sont partis en fumée dans de joyeux bûchers de cahiers remplis d’équations désormais obsolètes, les flots de furieux juilletistes déferlent par milliers faire les crêpes sur les quelque 3800 km de littoral de l’hexagone. Mais toi… toi qui n’as pu prendre que tes deux dernières semaines d’août. Comment vas-tu faire pour patienter sous les combles étouffantes de ton 18 m2 de la porte de Champerret ? Mieux que Paris Plage ou une aprem à la base nautique de Cergy-Pontoise, voici une petite suggestion de mixologie révolutionnaire venue tout droit de nos confrères outre-Atlantique du Québec. Si un rafraîchissant cocktail convient à ton triste sort d’aoûtiste c’est bien le Misteur Valaire ! Pas compliqué à préparer et bien meilleur que le sirop d’érable (mais convenons-en, pas beaucoup plus digeste…).
Avant tout bourrez donc votre shaker de tout ce que vous n’avez jamais osé écouter dans votre collec Itunes : mélangez avec énergie un demi litre de free jazz avec tous vos restes de bouteilles de ce qui pourrait s’apparenter à du hip hop vintage bien craignos des 90’s. Saupoudrez généreusement le tout d’une épaisse crème d’électro 8bit et n’oubliez pas d’ajouter une larme de dialogues de cartoons psychotropes piochée dans vos K7 quand vous aviez quatre ans et demi… Branchez le tout sur votre super chaîne Bose dernier cri et balancez la sauce ! Contre toute attente voilà le délicieux Misteur Valaire enfin prêt à changer votre vie (ou au moins à égayer votre été en vous offrant une alternative salvatrice à l’ignoble tube officiel des JO concocté avec les pieds par Muse et leurs gros sabots) …
Gourmands soyez rassurés, il existe plusieurs variantes de l’élixir savamment distillé tout au long des trois albums de ces drôles d’oiseaux de Sherbrooke ! Ouvrant le bal en 2005 avec le très jazzy Mr Brian, ils enchaînent en 2008 par l’expérimentale et inclassable FriterdayNight avant de remettre le couvert, insatiable, en proposant le chef d’œuvre absolu des Shakers : le très abouti Golden Bombay.
Et si c’était un veau est plutôt appropriée pour cerner FriterdayNight : un sublime mélange de lignes de synthé, de cuivres, de beats furieux et d’incrustation de dialogues de films. Délicieusement anachronique, mais pas évident comme première approche du crew canadien ! Moment de fausse délicatesse avec un pianistique It’s all good que la batterie crucifie petit à petit avec délice et cruauté. Ces garçons ont indéniablement de l’humour ; pour preuve leur clip hallucinant de natation synchronisé en direct de la piscine de Trouville-sur-Mer en Normandie ! Pour les auditeurs les plus audacieux le dyptique Shaving (part 1) et Shaving (part 2) saura vous retourner les neurones. Attention quand même à l’abus de cette vénéneuse boisson… Et avis aux amateurs, l’album est gracieusement offert en téléchargement gratuit.
Et nous voilà enfin au gros morceau… Comment aborder le survitaminé Golden Bombay de manière exhaustive et concise sans trop passer à côté de la plaque ? Plus pop et accessible que les deux précédents albums, il renferme des saveurs qui s’entrechoquent dans un joyeux bordel. Après la bombe Lillehammer qui dérape en furieux électro 8bit à la Slagsmalsklubben, impossible de résister au diaboliquement mélodique Brandon Marlow, au scratch de Sweet Charlemagne ou au flow old school d’Ave Mucho … Stakhanovistes virtuoses biberonnés au jazz et à l’électro, tous amis depuis l’enfance, toutes leurs parties instrumentales s’entremêlent de manière parfaitement fusionnelle. Les cuivres côtoient des sonorités de dancefloor sans aucun accros. Et c’est tout simplement très très beau !
Et si l’expérience auditive a beau déjà être assez extrême en CD c’est en live que Misteur Valaire est le plus dingue. Morceau choisi d’un concert vécu à l’Iboat, sympathique nouvelle péniche à danser bordelaise. En businessman avisés et machiavéliques ils ont multiplié les collaborations pour faire du show un moment de chao parfaitement contrôlé : projections, lumières, costumes, mise en scène… aucun élément de la scène du crime n’est laissé au hasard ! Ce pluvieux samedi soir de juin donc , le Bordelais, espèce hautaine et indolente et par essence même peu impressionnable, se presse mollement en rang plus que clairsemé devant la petite scène du bateau. Autant le dire, toutes les conditions du flop semblent réunies. Mais voilà les cinq extraterrestres qui débarquent sans l’aide de la moindre première partie ; les lumières explosent, les vestes volent, les musiciens sautent d’un instrument à l’autre, gesticulant à qui mieux mieux et font des bonds d’au moins 50 cm … Et pourtant la musique tient parfaitement la route. Harangué, le Bordelais se voit poussé dans ses derniers retranchements et au bout de trois chansons il ne peut plus tenir ce bras de fer perdu d’avance! Le voilà qui se met à hurler, battre des mains frénétiquement et obéir aveuglément à toutes les injonctions du groupe qui en profite pour leurs infliger les derniers outrages... Morceau choisi avec Gumshoe et Brandon Marlow.
Et même si on nous a formellement mis garde sur le danger de l’abus d’une certaine sacro-sainte expression de pays à la feuille d’érable… On ne peut s’empêcher maintenant de hurler: « TABERNACLE, MAIS QUE C EST BOOOON MISTEUR VALAIRE! »
Programme : plongeon vertigineux dans les entrailles de la musique.
Les Warcats n’existent pas sur Internet. Ils n’existent
probablement donc pas. Pas l’ombre d’un référencement, pas le reflet d’une
citation, pas une esquisse de soupir, toutes les requêtes s’effondrent,
impuissantes à les révéler. Musique encodée à partir d’un disque promotionnel
de Télérama (référence absolument inexistante), la magie du numérique lui rend ici
la vie, comme l'éclosion d'une fleur dont les graines ont été fossilisées pendant des
milliers d’années. Nous ne pourrons vous cacher que l’expérience n’a qu’à
moitié marché : la musique déterrée n’a plus grand-chose de musique, la
ranimation a été poussive, et c’est une chimère assez flippante qui s’est
extirpée de ce profond coma.
Une masse électronique informe criblée de faux-contacts
nommée Analysis, composée de dix morceaux sinistres. Quatre éléments principaux : une voix caverneuse d’outre-tombe,
une guitare électrique sursaturée, des arpèges de synthétiseurs, une boîte à
rythmes de boucherie industrielle. Approche mathématique et asentimentale saupoudrée de survoltage, résistances qui fondent, condensateurs qui explosent. La gravité n'arrive plus vraiment à rassembler des éléments si perturbés qu'ils explosent dans un chaos absolu.
Des boucles interminables, répétées toujours plus que ce que
l’instinct suggère, dégageant une oppression difficilement supportable (Koudlam es-tu là ?). Les
jeux d’apprenti sorcier finissent souvent mal, et la déontologie réprouvera
sûrement cet essai de laboratoire avec le temps. Ou est-ce un code génétique d’antan
recréé ex nihilo, une construction purement théorique qui n’était jamais censée
avoir de représentation physique ; explication logique pour une musique
qui ne se situe ni dans le temps ni dans l’espace, n’a ni début ni fin, ni
genèse ni avenir...
Comment concilier coups de cœurs musicaux forcement subjectifs et objectivité critique ? Vaste question à laquelle le moindre bloggeur musical se retrouve forcement confronté à toute nouvelle touche tapotée. Et dans les faits, force est de constater que la passion nuit le plus souvent gravement au discernement. Ainsi, malgré les dizaines de milliers de groupes injustement oubliés qui mériteraient bien un petit coup de pouce, même des plus modestes, voilà plusieurs semaines au bas mot que, frénétiquement, l’on rentrait inlassablement les mots clés « Slagsmalsklubben » et « Jake Blood » dans Google & cie. Mais toujours sans résultat. Pour tout dire nous étions réduits, depuis la publication d’un pernicieux communiqué du génial sextet 8bitpop suédois Slagsmalsklubbenannonçant l’arrivée prochaine d’un nouveau single, à un état de désespérance lamentable. La situation était similaire à celle du naufragé qui, échoué sur une île déserte et qui ne dispose que de quelques tonneaux de précieux liquide, compte les jours avec angoisse…
Mais voilà, la date fatidique de parution était largement dépassée et toujours rien à l’horizon… Chrome ma sœur Chrome ne vois-tu rien venir ? Voilà des semaines que cette question vitale revenait chaque connexion ! Mais la réponse, toujours aussi laconique ne variait pas d’un iota : « Mon cher IP 73.99.148.232 Je ne vois que les fjords qui verdoient et les neiges qui poudroient… ». Bref, la fin dramatique était proche quand enfin, un petit lecteur Youtube nous délivra le précieux élixir… Jake Blood. Enfin, soyons franc, ce n’est clairement pas leur meilleurs cru, mais on est quand même très loin de la piquette !
Ca y est le printemps pointe son nez avant l’heure en Scandinavie. Voilà enfin les facétieux « electrolibrius » de SMK qui sortent de leur interminable période d’hibernation. La saison hivernal a duré plus de trois ans ! Et encore ils n’avaient mis le nez dehors que de manière bien timide en 2009 à l’occasion de la parution du pâle EP Brutal Weapons, très peu représentatif de leur géniale folie antérieure. Peu largement mieux faire nous étions-nous donc dit à ce moment. Et depuis, silence radio. C’est donc forcément avec pas mal d’appréhension que l’on écoute ce premier single de la collection printemps 2012, avant-garde avec son EP de trois titres de l’album Garage à paraître en avril.
Toujours minimaliste, comme son prédécesseur, Jake Blood dispose pourtant d’un certain supplément d’âme. On est loin du potentiel d’élasticité des tubes qui garnissaient les brillants albums Sagan om konungens årsinkomst,Den Svenske Discoet Boss for Leader. Mais en y regardant de plus près, même si Jake Blood n’est pas la balle de joquari qui peut rivaliser avec les perles rebondissantes du passé il faut lui reconnaitre une nouvelle faculté: son côté poisseux, car même si elle ne paye pas de mine au premier abord, dur de s’en dépatouiller le cortex ! Et la chanson vaut aussi le détour pour le drôle de clip qui l’accompagne. Affublés de capuchons à la mode KKK voila les six gogos de SMK qui fuient leur froide nation pour au final s’échouer sur une plage de sable fin bordée de cocotiers ; un petit paradis bien plus accueillant en somme. Une allégorie de leur chemin de croix de défricheurs musicaux au départ incompris?
Attention de ne pas se reposer sur vos lauriers tout de même chers amis…
Et en prime pour les affamés voici une vidéo d’animation jouissive bricolée de toute pièce par un illustre bidouilleur inconnu plutôt bien avisé. Lorsque deux grands esprits se rencontrent ça fait toujours des étincelles… Dans cet hymne visuel et sonore au baroque à travers les âges, voilà les hideux personnages du chef d’œuvre pictural du primitif flamand Jérôme Bosh, Le jardin des délices, qui s’animent et se mettent à gigoter frénétiquement au son du démoniaque The World Welcomes Fame. Bien que parfois un peu maladroit cet « home-made unofficial clip » est particulièrement jouissif à regarder et dote le morceau d’une consistance toute nouvelle.
Oyez oyez gentes internautes en goguette !!! Prenez le temps de vous arrêter et de prêter une oreille compatissante à l’incroyable et tragique épopée musicale de Gwenhael Navarro, alias Koudlam. L’esprit vraisemblablement torturé, ce mercenaire sonore intergalactique est, depuis son émergence sur la scène Techno Rave hexagonale, en croisade perpétuelle tant contre l’ethnocentrisme et la facilité musicale que contre l’establishment du showbiz ou l’appauvrissement culturel. Mais ce Don Quichotte du XXème siècle a troqué sa fidèle jument contre une Carte Miles Platinium de l’Alliance Skyteam. Il ère ainsi de manière plus ou moins aléatoire dans l’espace monde entre la Bolivie, le Mexique, Paris ou l’Afrique de l’Ouest à la recherche de dahus sonores susceptibles de nourrir son étrange électro New Wave mondialisée.
Ce boulimique de nouveautés brasse fiévreusement et inlassablement une sorte de Gloubi Boulga monstrueux composé de tous les styles musicaux, cultures, esthétiques, philosophies, paysages ou sensations que son frénétique encéphale aura pu ingurgiter lors de ses pérégrinations aux quatre coins de la galaxie. Et Winnie The Pooh ne nous contredira pas, plus les fleurs butinées sont foisonnantes et diversifiées, plus la saveur du miel en est magnifiée. La preuve en grande pompe avec quelques extraits du protéiforme chef d’œuvre Goodbye, album démiurge et pervers qui saborde avec délice une musique céleste sur le point de tutoyer les anges…
Bien loin le temps où lesBeatlesdéfrayaient la chronique avec leur révolutionnaireSergent Peppers et où leurs concurrents outre-Atlantique répliquaient en grande pompe avec la déferlante d’un Smile dévastateur. Sans parler du menaçant The Wall dePink Floydqui, tout d’un coup s’est hissé, sans crier gare, au titre de mythe dans le panthéon musical… Cela faisait ainsi des lustres que l’on était persuadé que le Concept Album n’était plus qu’une astuce marketing obsolète, recyclée en tête de gondole du rayon discount d’un hyper pour chef de produit de majors en manque d’inspiration.
Mais voilà ce trublion de Koudlam qui nous prend tous à contrepied avec la sortie en 2009 de l’entêtant Goodbye qui compose une fresque sonore, grandiose et austère, unique, entre tonalités New Wave et format résolument électro. Il tutoie le sacré avec des pistes comme Brother ou Flying Dolphins dans lesquelles s’installe progressivement cette indicible sensation mêlée d’euphorie et d’oppression que l’on peut par exemple ressentir en pénétrant dans la nef d’une cathédrale gothique. Parfois entraînantes (See you all, over the black hills with crazy horse) souvent dénudées et glaciales (Middle, Love Song), toujours menaçantes et déconcertantes, les douze pistes du disque s’articulent à la manière d’un étrange conte baroque New Age sans queue ni tête. Pas facile au début de se repérer dans ce fatras de sons, de mélodies, de rythmes qui tutoient aussi bien la fureur froide à fleur de peau de Joy Division, que la musique savante et expérimentale d’un John Cage.
Pauvre pêcheur, après avoir supporté les ricanements de satyres de l’intro tu peux enfin pénétrer dans ce monde parallèle aussi enchanteur que diabolique. Flying over the black hills with crazy horse et son inlassable thème développé à la flûte de pan puis au synthé en est un exemple parfait. Si les sonorités reposantes et dépaysantes sont dignes de figurer en bonne place dans la dernière compil Relaxation de Nature & Découverte. il reste toujours une tension dans la mélodie et sa répétition qui finit par exploser lorsque la partie chantée devient implorante à la fin du morceau. Tonight est aussi un modèle du genre. Le morceau démarre, sautillant et enjoué, avant de basculer brutalement avec un hululement strident glaçant. Le chef d’orchestre machiavélique Koudlam, expert en retournements de situation les plus rocambolesques, clôt alors le morceau en grande pompe dans une ambiance symphonique incongrue que l’on retrouve notamment sur See You All ou à la fin de Flying over the black hills with crazy horse.
See You All, parlons-en justement! C’est LE tube entêtant du disque. Valse New Wave qui, si elle avait vu jour quelques décennies auparavant, aurait tout aussi bien fait l’affaire dans la célèbre scène spatiale de Kubrick que Le Beau Danube Bleu de Strauss. D’autant plus que l’étrange scène de guerilla urbaine du clip pourrait être mise en parallèle avec la séquence de l’affrontement entre les deux tribus australopithèques du film de Stanley. Porté par un beat 80’s à la Kraftwerk, le timbre grave qui n’a rien a envier à Ian Curtis se balade de manière indolente dans une ambiance molletonnée et sirupeuse. Rêve de Télétubbies ou overdose médicamenteuse ? Rien n’est vraiment tranché dans ce chef d’œuvre d’ambiguïté.
A ce stade on ne pensait plus pouvoir être étonné … Mais comment résister à la déferlante qui s’abat ensuite avec le riff dévastateur de Love Song ? Crescendo de plus en plus furieux de basse et de saturation, ce tsunami engloutirait n’importe quel tympan à peu près en état de marche relié à tout semblant de système nerveux. Aucun espoir de s’en tirer indemne !
Malgré le dérisoire sursaut que constitue la fulgurance techno de Middle, les déchirants Goodbye et Wave of mutilation qui suivent, implacables, semblent clairement professer la funeste destinée de tout un chacun. Il ne te reste aucun espoir pauvre mortel ; au départ néant tu redeviendras bien vite poussière, et ce n’est surtout pas un pauvre disque d’électro qui changera l’ordre des choses. En digne héritier des Vanités picturales de la Renaissance qui rappelaient aux puissants leur immuable condition de mortels, Goodbye explore ainsi la funeste destinée de la condition humaine. L’extrême onction de Hole achève enfin le Harakiri nihilistede l’album.
Oho ? Kesako ??? Derrière cette appellation qui a clairement un petit quelque chose d’H2O se cache une petite goutte de mystérieux nectar bien fragile mais bourré de talent et de sensibilité. C’est encore imperceptible, embryonnaire, protozoaire… Mais indéniablement l’ADN de ce nouveau venu musical parisien s’en est plutôt bien sorti ; si la mère semble être la douce Laura Veirs, rien n’est moins sur pour le père qui pourrait aussi bien avoir été engendré par les boucles des new yorkais précieux de Ratatatque par le folk ouvragé des rosbeefs de Tunng. C’est pop, c’est jazzy, c’est électro et… bah, c’est du très beau boulot ! Maintenant, comment une simple goutte d’eau pourrait-t-elle s’en sortir à l’échelle de l’océan bouillonnant et saumâtre qui constitue le territoire sans pitié de la zicosphère ?
Malgré sa pureté et la perfection de son galbe elle risque fort de se retrouver diluée, souillée, vidée de toute sa substance au contact de la rude concurrence du marché de la musique sur le net… Et s’ il y a bien un endroit où les lois de la concurrence pure et parfaite néolibérale trouvent tout leur sens, c’est bien celui-ci. Comment faire face à des dizaines de milliers de nouveaux titres ajoutés en continu et accessibles en théorie en un clic par n’importe quel internaute ! Mission impossible pour ce nouveau venu si attachant ? Mais ne désespérons pas, il reste bien un espoir infime. Prenons les stalactites et leurs consœurs en m, il s’agit bien d’une histoire de petite goutte ! Avec une bonne dose d’abnégation, de la patience et un bon coup de pot il reste toujours une chance d’être LA petite goutte qui se cristallisera pour l’éternité… Mais reprenons-nous, Oho n’est pas mort née et le meilleur peut encore lui arriver. Cette funeste entrée en matière n’empêchera pas d’apprécier l’harmonie et la maturité qui se dégage des six titres qui composent Land of the happy, la plutôt bien-nommée première démo du groupe.
Le titre Free to flee est une parfaite entrée en matière dans l’univers feutré et sophistiqué d’Aurore et de Paul, le noyau dur du projet. La rythmique, à force de bidouillages au synthé et à la guitare, est irrésistible. La boîte à rythme qui virevolte et les arrangements complexes n’ont rien à envier aux impériales rythmiques du LP4, dernier opus de Ratatat. La voix, quant à elle, fugace et profonde à la fois, se pose délicatement sur les feuillages indéterminés de cette étrange et luxuriante jungle sonore, avant de reprendre son envol tel un hésitant papillon tropical. De superbes ponts instrumentaux ponctuent avec classe le morceau. Une vraie réussite.
Et voici Alone in Katmandu, autre curiosité zen, vraisemblablement ânonnée en partie en Hindi, l’occasion de dévoiler l’origine de cette belle histoire. C’est en effet au cours d’un séjour universitaire en terre indienne que les deux ventricules de Oho se sont rencontrés. Et à l’écoute de l’album entier on ne peut que leur souhaiter de battre en rythme le plus longtemps possible !
Ainsi avec ce premier mini album la petite goutte Oho s’est déjà frayée de manière imperceptible un chemin dans une terre meuble, elle s’est joint à d’autres perles de rosée esseulées avant de jaillir à l’air libre, devenue maintenant une source purifiante et rafraîchissante. La route jusqu’à l’océan est encore longue, mais il y a de fortes chances pour que de simple état de ruisseau elle passe vite fait à celui de rivière puis de fleuve… En tout cas on l’espère.