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lundi 8 octobre 2012

On l'écoute et on assume : L'orgie païenne de 50 Hertz



Pour la célébration officielle de la naissance du divin enfant vous saurez sans aucun doute choisir la BO parfaite, à piocher entre chœurs traditionnels, mainstream cul-cul la praline ou revival « indépendant » comme l’ont déjà fait Bright Eyes ou Sufjan Stevens. Mais pour la fête ancestrale du solstice d’hiver qu’aurez-vous ? Ne vous inquiétez plus, nous avons déniché les mélopées qui siéront le mieux à cette orgie païenne de fin d’année, vous pourrez sereinement festoyer la renaissance du feu sacré avec le déchaînement créatif de 50 Hertz !


Quand les enfants s’endormiront paisiblement au délicat tintinnabulement de  Douce Nuit, sous le joug innocent de la passion consumériste la plus totale,  vous pourrez, dans un esprit hipster et complètement novateur bien entendu, savourer la version alternative du passage par le jour le plus court de l’année. Et quel que soit le péril, il faut l’affronter à bras-le-corps pour  le surpasser, en ceci 50 Hertz constituera vos parfaites braises symboliques. Un idoine rituel de passage, mélange de folie, de décadence mais toujours empreint de l’esprit de Noël. 






Difficile d’établir une grille de lecture tant leur musique est bordélique. Leur discographie est dure à établir, que croyiez-vous, ces choses-là ne tombent pas au creux de la main, c’est de l’archéologie musicale : on fouille, on est déçu, on refouille, on trouve des choses, on essaye d’établir leur date, leur authenticité, puis de former des relations entre elles. C’est sûr que c’est plus facile avec les gentils chrétiens qui consignent tout qu’avec les sauvages arboricoles qui ne connaissent pas l’écriture. Nous ne savons donc que peu de choses : ils viennent du sud de la Suède, leur apogée se situait au début du XXIème siècle et ils ont vécu très en marge des autres civilisations, probablement dans une situation de quasi-ermitage. Cette isolation presque totale a mené à leur perte, pour raison de consanguinité et de crises de folie aiguës, mais elle a néanmoins permis une très grande originalité, en les affranchissant de toutes les conventions alors en vigueur.


Den dimhöljda dvärgens brillor by 50hertz on Grooveshark

Vill du gifta dig med mig (och min bror)? by 50hertz on Grooveshark


Quand la plupart cherchent à rationaliser leurs idées, les assembler de manière cohérente pour proposer ce qu’on a appelé plus tard des morceaux de musique, 50 Hertz ne s’est jamais préoccupé d’un quelconque peaufinage. Ils étaient de grands impulsifs, à la limite de la psychopathie, et enregistraient leurs idées sans jamais les retravailler. N’ayant pas de desseins commerciaux, ignorant les concepts de richesse, de profit et d’accumulation, ils n’ont donc jamais mélangé musique et séduction. D’où la difficulté à comprendre l’œuvre. Il faut abandonner un certain nombre d’automatismes et de concepts modernes pour prétendre saisir cette musique et ne pas faire d’anachronismes psychologiques. 


När Jag Säger Kör, Kör Vi by 50hertz on Grooveshark


Nous ne savons que peu de choses avec certitude : 50 Hertz a longtemps été proche d’autres groupes suédois comme Slagsmalsklubben ou Stay Ali, puis un événement les en a fait s’éloigner pour une raison inconnue. Quand les deux autres ont réussi sans trop de mal à s’adapter aux révolutions en cours à l’époque, lissant peu à peu leur musique pour la rendre propre à l’emploi par les populations méridionales, les membres de 50 Hertz ont brusquement disparu de la circulation. Contradictions internes, désaccords trop profonds ou incapacité à évoluer, nul ne sait. Leur absence d’évolution, ou refus d’acculturation, les rend particulièrement intéressants d’un point de vue ethnologique, à l’instar des enfants sauvages et des chèvres à trois cornes, car elle renseigne sur les changements qu’apportent l’obstination et l’autarcie.




Warsawa by 50hertz on Grooveshark


Le résultat peut choquer. Disons-le tout net, il y a des choses bonnes, d’autres mauvaises, de belles mélodies et du bruit infâme, des singles potentiels et des mauvaises blagues. Tout est brut, souvent décousu, brouillon et approximatif. Mais les idées fusent sans cesse, et le style nordique païen est reconnaissable à chaque instant. Cette espèce de galimatias électronique mi festif mi traditionnel, parfois guilleret parfois clairement flippant. Des gémissements, des boîtes à musique et des monologues en suédois font irruption de temps en temps, mais le sens demeure énigmatique. Rites sacrificiels ? Prosternation collective ? Bûchers ? Mystère et boule de neige !


Nigga Please by 50hertz on Grooveshark




Une seule autre certitude, le solstice d’hiver était le moment le plus important de l’année, il n’y a qu’à voir le nombre d’emprunts que le christianisme leur a faits, mettant de l’ordre dans tout ce charabia de paganisme afin de s’en servir pour leur propre fête, décalée de quatre jours. Ce qui rend 50 Hertz passionnant, c’est de savoir que nous ne les comprendrons jamais vraiment, que la grande majorité de leurs codes resteront inexpliqués à jamais et qu’ils sont un exemple presque unique d’insularité musicale.

Med en sol by 50hertz on Grooveshark


mardi 31 juillet 2012

On l’écoute et on assume (X) : Le foutoir musical hard discount du Qualité Motel



Le Québec et la musique ? Aussitôt voilà que résonne dans notre cortex de stridentes dénominations à réduire en miettes en moins d’½ seconde la « collec » entière de céramiques de la Manufacture de Sèvres : Garou, Roch Voisine, Lynda Lemay et… la reine des reines, sa sérénissime majesté impériale Céline Dion.  Nos confrères musicaux québécois semblent ainsi s’être spécialisés dans les « chanteurs à voix » (doux euphémisme…). En même temps, il faut pousser une belle gueulante pour pouvoir espérer être entendu de l’autre coté de l’Atlantique : 6 000 km ce n’est quand même pas rien !

Pour ce faire, Qualité Motel, monstrueuse résurgence électro bête et méchante des fines lames de Misteur Valaire (chroniqués ici même il y a peu)  a choisi une autre stratégie. Plutôt que de risquer l’indigestion au miel de sapin et une entorse des cordes vocales, les cinq malicieux bonshommes misent sur la puissance de leurs machines électroniques et sur leur capacité à enchaîner de lourdes boucles de synthétiseurs sursaturés pour traverser l’océan sans naufrage.  Ce projet parallèle du quintet jazz-électro prend ainsi la forme d’un déversoir musical francophone des plus visqueux. Un cloaque délicieux où batifolent en liberté tentations douteuses et pulsions carrément incorrectes…


C’est bien connu, la bière  « Delux » est la pire que l’on puisse trouver pour se rafraîchir le gosier, le fast food « Best Burger » est à éviter dans l’intérêt de l’intégrité de son estomac, sans parler des produits estampillés par le label « Delicious & Tasty »… Pour le Qualité Motel même combat !  le Motel California, 1ère établissement de la franchise fait fort dans le hard discount de pacotille depuis son ouverture le 1er avril 2012. On se demande ce qui y est le plus dérangeant pour les pauvres hères qui y échouent par mégarde ; des draps d’une propreté plus que douteuse de Je vous salue Marie aux cloisons en carton pâte qui ne couvrent aucun des coupables épanchements d’En selle Gretel, en passant par la tuyauterie qui n’arrête pas de fuir et de chuinter pour un Motel Engineer 8bit de tous les diables …


Motel de passe vous l’aurez compris, chaque sombre recoin fait l’affaire pour un nouveau feat aguichant précipitamment exécuté. Un petit coup de voix et puis s’en va ! Stefie Shock, Mitsou, Grand Analog, Socalled, Yann Perreau, Pintandwefall, James Di Salvio, Mrs.Paintbrush, Karim Ouellet, Caracol, Elisapie Isaac, Béni bbq, Fanny Bloom… autant d’étranges invités qui nous ouvrent sur une scène canadienne pleine d’humour et d’autodérision.

Pour le reste le disco sound system tout terrain de l’établissement se chargera de recouvrir les fissures et les mauvaises finitions de la charpente sous un déluge sonore salvateur. La dégoulinante intro d’En selle Gretel en est l’exemple le plus implacable. La suite est une absurde et maladroite déclaration d’amour qui se prend les pieds dans le tapis mité dès le hall d’entrée du « palace ». Moqueur et carrément jouissif !


De la voix de boysband benêt de Je vous salue Marie aux robotiques vocalises de Kisu Kisu en passant par le rap furieux de Piscine/Pool, le  casting est parfait pour un revival trash du Musical Notre Dame de Paris en version techno- hard-discount. Voilà enfin une cour des miracles digne du chef d’œuvre de Victor Hugo !

Vous l’aurez compris, nous voilà à des années lumières de l’Hotel Normandie de Deauville et de ses confrères du triangle d’or des palaces parisiens… Mais n’empêche, qu’est ce qu’on s’amuse au Motel California ! Entre le volcanique Arabesque et Indécence,  le Gainsbourien Vol de Nuit et le technival de Motel Engineer, les soirées sont tellement chaudes sur le dancefloor…






Bref, une étape crasseuse mais incontournable du chemin de croix musical 2012.  Et rassurons expressément les radins culturels de tous poils et les aventuriers qui ne se nourrissent que de sons, d’amour et d’eau fraîche. Pour ceux qui auraient quelques scrupules à débourser quoi que ce soit pour déposer leurs paquetages poussiéreux dans cette miteuse adresse, sachez que leur seul effort consistera à cliquer sur le lien ci-dessous et à se laisser guider pour télécharger le tout gratuitement !

 Allez, avant de revenir à des contrées musicales plus nobles (et bien plus emmerdantes) c’est maintenant le moment de finir en beauté avec un titre éponyme indescriptible…




vendredi 29 juin 2012

Misteur Valaire, cocktail Electro-Jazz québécois survitaminé


Voila (enfin) la chaleur qui prend à contrepied les analyses catastrophistes des spécialistes météorologiques de Télé 7 Jours. Et tandis que les dernière copies du bac ont été torchées et que les sinistres profs de maths sont partis en fumée dans de joyeux bûchers de cahiers remplis d’équations désormais obsolètes,  les flots de furieux juilletistes déferlent par milliers faire les crêpes sur les quelque 3800 km de littoral de l’hexagone. Mais toi… toi qui n’as pu prendre que tes deux dernières semaines d’août. Comment vas-tu faire pour patienter sous les combles étouffantes de ton 18 m2 de la porte de Champerret ? Mieux que Paris Plage ou une aprem à la base nautique de Cergy-Pontoise, voici une petite suggestion  de mixologie révolutionnaire venue tout droit de nos confrères outre-Atlantique du Québec. Si un rafraîchissant cocktail convient à ton triste sort d’aoûtiste c’est bien le Misteur Valaire ! Pas compliqué à préparer et bien meilleur que le sirop d’érable (mais convenons-en, pas beaucoup plus digeste…).
Avant tout bourrez donc votre shaker de tout ce que vous n’avez jamais osé écouter dans votre collec Itunes : mélangez avec énergie un demi litre de free jazz avec tous vos restes de bouteilles de ce qui pourrait s’apparenter à du hip hop vintage bien craignos des 90’s. Saupoudrez généreusement le tout d’une épaisse crème d’électro 8bit et n’oubliez pas d’ajouter une larme de dialogues de cartoons psychotropes piochée dans vos K7 quand vous aviez quatre ans et demi… Branchez le tout sur votre super chaîne Bose dernier cri et balancez la sauce ! Contre toute attente voilà le délicieux Misteur Valaire enfin prêt à changer votre vie (ou au moins à égayer votre été en vous offrant une alternative salvatrice à l’ignoble tube officiel des JO concocté avec les pieds par Muse et leurs gros sabots) …
Gourmands soyez rassurés, il existe plusieurs variantes de l’élixir savamment distillé tout au long des trois albums de ces drôles d’oiseaux de Sherbrooke !  Ouvrant le bal en 2005 avec le très jazzy Mr Brian, ils enchaînent en 2008 par l’expérimentale et inclassable Friterday  Night avant de remettre le couvert, insatiable, en proposant le chef d’œuvre absolu des Shakers : le très abouti Golden Bombay.

Et si c’était un veau est plutôt appropriée pour cerner Friterday  Night : un sublime mélange de lignes de synthé, de cuivres, de beats furieux et d’incrustation de dialogues de films. Délicieusement anachronique, mais pas évident comme première approche du crew canadien ! Moment de fausse délicatesse avec un pianistique It’s all good que la batterie crucifie petit à petit avec délice et cruauté. Ces garçons ont indéniablement de l’humour ; pour preuve leur clip hallucinant de natation synchronisé en direct de la piscine de Trouville-sur-Mer en Normandie ! Pour les auditeurs les plus audacieux le dyptique Shaving (part 1) et Shaving (part 2) saura vous retourner les neurones. Attention quand même à l’abus de cette vénéneuse boisson…  Et avis aux amateurs,  l’album est gracieusement offert en téléchargement gratuit.

Et nous voilà enfin au gros morceau…  Comment aborder le survitaminé Golden Bombay de manière exhaustive et concise sans trop passer à côté de la plaque ? Plus pop et accessible que les deux précédents albums, il renferme des saveurs qui s’entrechoquent dans un joyeux bordel.  Après la bombe Lillehammer qui dérape en furieux électro 8bit à la Slagsmalsklubben, impossible de résister au diaboliquement mélodique Brandon Marlow, au scratch de Sweet Charlemagne ou au flow old school d’Ave Mucho …  Stakhanovistes virtuoses biberonnés au jazz et à l’électro, tous amis depuis l’enfance, toutes leurs parties instrumentales s’entremêlent de manière parfaitement fusionnelle. Les cuivres côtoient des sonorités de dancefloor sans aucun accros. Et c’est tout simplement très très beau !



Et si l’expérience auditive a beau déjà être assez extrême en CD c’est en live que Misteur Valaire est le plus dingue. Morceau choisi d’un concert vécu à l’Iboat, sympathique nouvelle péniche à danser bordelaise. En businessman avisés et machiavéliques  ils ont multiplié les collaborations pour faire du show un moment de chao parfaitement contrôlé : projections, lumières, costumes, mise en scène…  aucun élément de la scène du crime n’est laissé au hasard ! Ce pluvieux samedi soir de juin donc , le Bordelais, espèce hautaine et indolente et par essence même peu impressionnable, se presse mollement en rang plus que clairsemé devant la petite scène du bateau. Autant le dire, toutes les conditions du flop semblent réunies. Mais voilà les cinq extraterrestres qui débarquent sans l’aide de la moindre première partie ; les lumières explosent, les vestes volent,  les musiciens sautent d’un instrument à l’autre, gesticulant à qui mieux mieux et font des bonds d’au moins 50 cm … Et pourtant la musique tient parfaitement la route. Harangué, le Bordelais se voit poussé dans ses derniers retranchements et au bout de trois chansons il ne peut plus tenir ce bras de fer perdu d’avance! Le voilà qui se met à hurler, battre des mains frénétiquement et obéir aveuglément à toutes les injonctions du groupe qui en profite pour leurs infliger les derniers outrages... Morceau choisi avec Gumshoe et Brandon Marlow.
Et même si on nous a formellement mis garde sur le danger de l’abus d’une certaine sacro-sainte expression de pays à la feuille d’érable… On ne peut s’empêcher maintenant de hurler: « TABERNACLE, MAIS  QUE C EST BOOOON MISTEUR VALAIRE! »


jeudi 17 mai 2012

Freezepop, maladie musicalement transmissible …



Nous nous étions déjà goinfrés à n’en plus pouvoir des friandises hyper calorifiques du dégoulinant Freezpop Forever, premier album du groupe de synthpop US (Article DM à (re)découvrir ici ! ). Comme après une orgie pascale à base de pâte de cacao, l’écœurement n’était pas très loin. Et bien autant vous prévenir tout de suite, la suite peu d’estomacs pourront y résister. Coup de grâce fatal donc avec le deuxième album du trio,  Fancy Ultra Fresh, paru en 2004. Et comme si une crise de foie ne suffisait pas, voila en plus le rêve enfantin plein de sucre d’orge et de pain d’épice qui tourne au cauchemar lubrique.  Le kitch que l’on avait pu prendre pour une adorable naïveté se  révèle en fait ici être un cruel mélange d’agressive ironie et de perversité autodestructrice.  L’ensemble des méchantes pistes d’électro pop s’articulent comme le piège inéluctable pour enfants trop paresseux qui manque de se refermer sur Pinocchio. On est bien loin de l’univers Hello Kitty « Girly-Geek » du premier album. Martinet en cuir, accessoires piquants en tous genres et menottes d’acier sont au programme de cet BO discount pour sex shop SM miteux de banlieue déshéritée. Première illustration avec un  Boys on film échevelé et provocateur.

Boys On Film by Freezepop on Grooveshark

 


Dès les premiers instants Stakeout aguiche le chaland avec ses synthés vulgos et ses boîtes à rythmes de game center. Il s’agit de faire briller les néons maladifs de la boutique plus fort que ceux du voisin pour empêcher le client de se rendre compte que les colonnades style empire ne sont qu’une mauvaise imitation en carton pâte et que le lourd rideau de velours est parsemé de trous de clopes… Et c’est réussi, nous voilà  dans la gueule du loup. Si Freezpop Forever était le tube autobiographique rafraichissant de l’éponyme premier album, le glacial Parlez vous freezepop ? prend la suite et annonce la nouvelle donne. C’est dans la langue de Molière que l’ingénue Liz Anthousiasm, devenue la sinistre  tenancière fait la retape de  la marchandise de la boutique. Chantres du bon goût encore une fois, abstenez-vous…  Maquerelle peut être, mais clairement dominatrice, et la demoiselle vous prévient avec un I’m not your Game Boy menaçant, la patronne ici c’est elle : “don't play with me / I am not your toy /oh can’t you see / I am not your gameboy / (…) just look at me /I am not your gameboy /I don't have a joystick /or a backlit lcd /no nintendo logo /don't push that cartridge inside me /cause i'll push back, just wait and see.”



I Am Not Your Gameboy by Freezepop on Grooveshark

Maintenant plus possible de reculer, Il est temps de se pencher sur les rayonnages poisseux remplis d’horreurs capable de provoquer une hécatombe de syncopes parmi les paroissiens intégristes de Saint-Nicolas du Chardonnet.  Bike Thief en est l’idéale tête de gondole racoleuse. Synthés glauques, rythmique oppressante,  voix désincarnées…  Et que dire de That boy is all about fun !… Son ambiance robotique et son refrain à la limite de la 8 bit pop ont tout pour rendre sa flamboyante ligne mélodique dangereusement addictive. 

That Boy Is All About Fun by Freezepop on Grooveshark

Bike Thief by Freezepop on Grooveshark

Puis Manipulate est l’idéal titre pour une séance de lap dance réussi. Suggestif et évocateur  sans trop se dévoiler, au kitch mystérieux et faussement lointain, ses cinq minutes de déhanchements chaloupés ne feront qu’attiser ces messieurs prêt désormais à faire chauffer leur CB.


 Il y en a pour tous les goûts avec le martial Chess King qui  n’est pas sans rappeler la rythmique du décapant Blue Monday de New Order. C’est donc au tour du Ken de service du groupe, de faire son show d’une voix désabusée  de professionnel blasé.

Chess King by Freeze Pop on Grooveshark


Enfin Tonight constitue une effrayante et lancinante parodie de love song disco ou l’art de la simulation est poussé à son paroxysme. Perverse déclaration d’amour tarifée, poignante et banale à la fois…

Tonight by Freeze Pop on Grooveshark

A vous maintenant de bourrer votre Ipod de ces honteux music toys pour titiller vos tympans dans de torrides séance d’écoute. On ne le dira à personne ! C’est promis …



vendredi 16 mars 2012

The Awesomest Song of the Week (XVII) : Slagsmalsklubben dévoile (enfin) Jake Blood

Comment concilier coups de cœurs musicaux forcement subjectifs et objectivité critique ? Vaste question à laquelle le moindre bloggeur musical se retrouve forcement confronté à toute nouvelle touche tapotée. Et dans les faits, force est de constater que  la passion nuit le plus souvent gravement au discernement. Ainsi, malgré les dizaines de milliers de groupes injustement oubliés qui mériteraient bien un petit coup de pouce, même des plus modestes,  voilà plusieurs semaines au bas mot que, frénétiquement, l’on rentrait inlassablement les mots clés « Slagsmalsklubben » et « Jake Blood » dans Google & cie. Mais toujours sans résultat. Pour tout dire nous étions réduits, depuis la publication d’un pernicieux communiqué du génial sextet 8bitpop suédois Slagsmalsklubben annonçant l’arrivée prochaine d’un nouveau single, à un état de désespérance lamentable. La situation était similaire à celle du naufragé qui, échoué sur une île déserte et qui ne dispose que de quelques tonneaux de précieux liquide, compte les jours avec angoisse…

Mais voilà, la date fatidique de parution était largement dépassée et toujours rien à l’horizon… Chrome ma sœur Chrome ne vois-tu rien venir ?  Voilà des semaines que cette question vitale  revenait chaque connexion ! Mais la réponse, toujours aussi laconique ne variait pas d’un iota : « Mon cher IP 73.99.148.232 Je ne vois que les fjords qui verdoient et les neiges qui poudroient… ». Bref, la  fin dramatique était proche quand enfin, un petit lecteur Youtube nous délivra le précieux élixir…  Jake Blood. Enfin, soyons franc, ce n’est clairement pas leur meilleurs cru, mais on est quand même très loin de la piquette !

Ca y est le printemps pointe son nez avant l’heure en Scandinavie. Voilà enfin les facétieux « electrolibrius » de SMK qui sortent de leur interminable période d’hibernation. La saison hivernal a duré plus de trois ans ! Et encore ils n’avaient mis le nez dehors que de manière bien timide en 2009 à l’occasion de la parution du pâle EP Brutal Weapons, très peu représentatif de leur géniale folie antérieure. Peu largement mieux faire nous étions-nous donc dit à ce moment.  Et depuis, silence radio. C’est donc forcément avec pas mal d’appréhension que l’on écoute ce premier single de la collection printemps 2012, avant-garde avec son EP de trois titres de l’album Garage à paraître en avril.


Toujours minimaliste, comme son prédécesseur, Jake Blood dispose pourtant d’un certain supplément d’âme. On est loin du potentiel d’élasticité des tubes qui garnissaient les brillants albums Sagan om konungens årsinkomst, Den Svenske Disco et  Boss for Leader. Mais en y regardant de plus près, même si Jake Blood n’est pas la balle de joquari qui peut rivaliser avec les perles rebondissantes du passé il faut lui reconnaitre une nouvelle faculté: son côté poisseux, car même si elle ne paye pas de mine au premier  abord, dur de s’en dépatouiller le cortex ! Et la chanson vaut aussi le détour pour le drôle de clip qui l’accompagne. Affublés de capuchons à la mode KKK voila les six gogos de SMK qui fuient leur froide nation pour au final s’échouer sur une plage de sable fin bordée de cocotiers ; un petit paradis bien plus accueillant en somme. Une allégorie de leur chemin de croix de défricheurs musicaux au départ incompris?

Attention de ne pas se reposer sur vos lauriers tout de même chers amis…


Et en prime pour les affamés voici une vidéo d’animation jouissive bricolée de toute pièce par un illustre bidouilleur inconnu plutôt bien avisé. Lorsque deux grands esprits se rencontrent ça fait toujours des étincelles… Dans cet hymne visuel et sonore au baroque à travers les âges, voilà les hideux personnages du chef d’œuvre pictural du primitif flamand  Jérôme Bosh , Le jardin des délices, qui s’animent et se mettent à gigoter frénétiquement au son du démoniaque The World Welcomes Fame. Bien que parfois un peu maladroit cet « home-made unofficial clip  » est particulièrement jouissif à regarder et dote le morceau d’une consistance toute nouvelle.

La suite au prochain épisode ! 



lundi 27 février 2012

On l'écoute et on l'assume (VII) : la 8bitrock d'EscapeHawaii



La plupart des espèces vivantes s’adaptent en fonction de la modification de leur environnement. Parfois certaines s’égarent, adoptent une morphologie incongrue qui les fait disparaître. Race endémique bavaroise, n'ayant quasiment jamais quitté les environs de Nürnberg, EscapeHawaii – Bernd Haas en allemand – dont les aberrations génétiques ont eu raison de sa survivance, est une curiosité, un taxon rarissime qui rejoignit en 2009 la triste liste des dodos, des minitels et du Concorde. 



C’est le flux continu d’innovations musicales qui a engendré cette chimère 8bitpop rock teutonique. Paroles mi-anglaises mi-allemandes, criées avec hâte, toujours sur la brèche entre mélodie et rage ; instrumentation 8bit soutenues par des boîtes à rythmes grasses et pesantes ; esthétique sonore sombre et incisive. Si l’insularité crée des isolats biologiques d’une extrême fragilité, ici ce sont les invasions répétées de courants nordiques qui, à l’approche des Alpes, ont créé cet épiphénomène qui fond le rock dans l’électronique kitsch, pour le recouvrir de phrasés punk (”Bitte sag mir jetzt sofort, was läuft falsch in dieser Stadt”, soit "Dites-moi s'il vous plaît ce qui ne va pas dans cette ville"). La 8bitpop, c’est pas que de la gaudriole ; écoutez What a nice collection, on est loin de la bubblegum pop décérébrée. 


Il n’y a pas de place sur cette Terre entre la Nintendocore de Crystal Castles et les arcs-en-ciel numériques de Freezepop. La place est trop étroite, les liaisons sont trop audacieuses, les contradictions trop fortes. Après un seul album, It’s The Plastic In Your Eyes That Lies, publié sous le microlabel Musikfladen , Escapehawaii est mort en 2009 dans les abattoirs de Wiesbaden, des suites de son inadaptation spatiale et temporelle. Mais un petit frère est né à Oakville dans l’Ontario, il s’appelle J. ArthurKeenes et est, aussi loin que nous le sachions, vivant. Se rattachant à des branches plus mélancoliques, ses chances de survie sont peut-être plus élevées, et il préservera on l’espère ce microscopique écosystème dans un souci primordial de musicodiversité.


vendredi 16 décembre 2011

On l'écoute et on assume ! (III) : l’electronica bling-bling de Bacalao




Avis aux propriétaires de 205 GTI 16 soupapes. Lustrez avec amour vos néons bleus, décrassez la carrosserie orange de votre petit bijou, assurez-vous que l’harmonie du ronronnement du bolide est optimale et surtout vérifiez que votre bass boost intégré atteint bien les 115 DB … Voici avec Bacalao une occasion unique de faire claquer les Watts ! Et pour les autres, ne passez surtout pas votre chemin. Plutôt que de boucher vos oreilles d’un air dégoûté, laissez-vous tenter par cette friandise technoelectro détonante et dégoulinante, pleine d’autodérision. A consommer bien évidemment avec entendement et modération. L’abus de ce genre de sons pouvant provoquer de graves et irréversibles  lésions.


C’est en Suisse que se cache Bacalao, de son vrai nom Carlos Da Silva. L’olibrius semble s’être spécialisé dans les mix blasphématoires jouissifs et les délicieux morceaux de pacotille. De plus à la fois bidouilleur philanthropique et savant fou 2.0 l’œuvre prolifique de ce sympathique explorateur sonore est mise à disposition gratuitement sur des plateformes de morceaux libre de droits (voir lien à la fin de l’article).

Mention spéciale du mauvais goût jouissif décernée haut la main a l’improbable Cheat Code, morceau qui réconcilie le nord et le sud de l’électro UE en édifiant un pont entre la 8bitpop scandinave et la Makina ibérique. Les basses ronronnent allégrement comme lorsque, sur la ligne de départ d’un grand prix de Formule 1, 25 moteurs à l’unisson se jaugent, pressés d’en découdre. Les lignes électroniques s’entrechoquent avec fracas telle une bande de particules radioactives incontrôlables … Une catastrophe du type Fukushima n’est pas très loin !


Junk Song addictive, Cheat Code provoque la même boulimie coupable mais frénétique que l’on peut ressentir dans n’importe quel  minable fast food … si les clinquantes mélodies restent plus sur l’estomac qu’un Triple Wooper de chez Burger King, nos facétieux neurones ne peuvent résister à une telle drogue auditive… et en redemandent !
   
Place donc à deux autres curiosités représentatives des expérimentations du bonhomme : Tout autre délire avec Fugue en Sol étonnant mélange de musique baroque et de flamenco sur lequel il s’est amusé à poser un furieux beat de rap.


Et pour finir en beauté voici le minimaliste et bourrin  I’m still alive qui n’est vraiment pas là pour triller les lentilles… On se passera de plus de commentaires, à vous maintenant de juger la chose...





samedi 3 décembre 2011

On l’écoute et on assume ! (II) : la 8bitpop de Super Multifaros

Vous croyiez que les robots ne pourraient jamais prendre le pouvoir ? Que les bobos soient tiraillés entre l'admiration du défrichement conceptuel et le dégoût face à l'absence d'âme de cette musique !

Allez, on se lance. Ceux qui connaissent Stay Ali ne seront pas choqués outre mesure. L’un des membres, Bård Ericsson, sévit dans le microcosme de la 8bitpop suédoise depuis 2006, il avait alors quinze ans. Il a publié à ce jour quatorze disques et EP et les propose gratuitement ici. Il s’agit pour une bonne partie d’entre eux de 8bitpop stricto sensu, c’est-à-dire sans aucun ajout extérieur. La boîte à rythmes, la basse et les lignes mélodiques sont directement extraites d’une Game Boy®. La démarche peut prêter à sourire, mais sachez qu’il ne s’agit pas d’un essai, d’une expérimentation. Et Monsieur Multifaros n’agit pas seul dans son coin, il a de nombreux collègues, des compatriotes pour la plupart.



Nous proposons ici Trade Your Kids, extrait de l’album The Lost Beats, publié en 2008. Elle est très représentative de l’œuvre du Stockholmois. De facture assez basique : une ligne de basse unique, une mélodie pour le couplet et une autre pour le refrain. La forme intrigue forcément, mais le fond est là, et une fois le recul pris, il en devient sublimé par la précarité extrême des textures de son. Si si, réécoutez-la la semaine prochaine ! Même réduite à sa définition minimale, la musique fonctionne toujours quand elle est bien écrite.