Notre fan professionnelle à encore frappé un grand coup ! Après sa brève mais intense romance télépathique avec Jack White (le live report du concert du bonhomme de Nashville à Lyon le 4 septembre dernier c’est par là !), voila l’inépuisable Mlle P.M qui jette son dévolu sur plus de 100 kilos de mythe vivant en concert le 16/10 à Montpellier : le légendaire Popa Chubby, poids lourd tant au sens propre qu’au sens figuré, de la scène blues-rock New Yorkaise. Et pour tchatcher et se remémorer le bon vieux temps avec le beau gros bébé ca n’est pas bien compliqué… Il suffit d’un généreux verre de vin ! Récit de la rencontre en backstage avec citations, anecdotes et tofs de pola à l’appui !
Popa Chubby est un gros monsieur chauve, tatoué, transpirant, légèrement inquiétant, qui à la fin du concert donne ses médiators aux gamins qui sont venus le voir ; c’est un ex-punk roi de la rock’n roll attitude qui lance « Bisous !! Bisous !! Bisous !! » à son public ; C’est un dieu de la guitare avec qui on peut parler de tout et de rien (Popa Chubby : Comment tu fais, tu as vraiment une belle peau ! ») ……………….. . . . . . . . . . . . .
Mardi soir, Popa était auRockstoreà Montpellier, pour offrir 3h de live phénoménal incluant son dernier album Back to New York City.
Depuis quelques années, Popa Chubby est encensé – à juste titre – pour ses reprises de Purple Haze et Hey Joe. Rapidement classifié dans notre mémoire collective et sur YouTube comme LE bluesman quinquagénaire type. C’est le genre de ceux qui ont bien conscience que le blues est une musique historique chantée par les noirs dans les champs de coton et que ça, ça mérite le respect !
Popa Chubby : THAT’S BULLSHIT ! Le blues, c’est quand tout foire et que bien sûr t’es seul comme un con. Le blues, c’est chaque fois que tu te dis "LA, C’EST LA MEEERDE".
« C’est la merde », Popa le dit souvent en français. Il connait bien la France et il fait partie de ces artistes prolifiques qui ont compris que le français aime le blues : un album et une tournée européenne par an, avec nombre de dates dans l’hexagone. Toujours dans de petites salles systématiquement pleines à craquer, deux heures de concert minimum avec bain de foule, signature d’autographes et photos à la fin (plus vin en backstage si affinités…).
DM : Mais après un concert comme ça, tu ne rêves pas de prendre une douche et d’aller dormir ?
Popa Chubby : Je ne peux pas dormir après les concerts, j’ai trop d’énergie, surtout avec un public comme ça. Regarde, je tremble encore !
Et si vous êtes de ceux qui vont en backstage, vous saurez que Popa Chubby n’est pas un simple mortel qui reprend du Jimi Hendrix, c’est un être élu qui flaire le blues dans toutes ses manifestations : dans le rock’n roll, le jazz, le métal et même la musique classique…
Et vous saurez peut-être aussi qu’à l’époque où on l’appelait encore Ted Horowitz il a joué dans des groupes d’ horror rock, de punk, de new wave, et qu’il nous reste encore beaucoup de choses à découvrir de lui.
Popa Chubby : Tu sais, je suis connu pour faire ces reprises de chansons de Hendrix. Il y a des choses pires dans la vie ! »
Des choses pires… Par exemple avoir 16 ans dans le Bronx à la fin des années 70, être héroïnomane et jouer dans le métro avec une guitare à 79$. Il a joué de tout, tout ce qu’il pouvait entendre à la radio : les Beatles, les Stones, Led Zep, Hendrix, Donovan, Elton John, tout ce que les gens avaient l’air d’aimer.
A tout juste 18 ans il répond tout naturellement à une petite annonce du journal local : le CBGBcherche un guitariste. Il y va en métro et rencontreScreaming Mad Georgeun bassiste japonais spécialiste des effets spéciaux qui le prend dans son groupe de Horror Rock.
C’est la grande période du CBGBs ! Il se souvient même du premier show des Ramones, des Runaways, des Cramps, et il part en tournée avec les premiers punks New Yorkais : The Voidoids.
Quand le groupe se sépare, Ted se retrouve de nouveau à jouer dans la rue. Il fait la manche à Central Park quand il croise Pierce Turner avec qui il enregistre des ballades dont The Sky And The Ground applaudi par le magazine Rolling Stones en 1989, et ils partent en tournée en première partie des Stranglers.
Popa Chubby : On était juste les mauvaises personnes pour ouvrir pour les Stranglers, Pierce faisait une musique sensible. Le public des Stranglers venait surtout pour voir le bassiste JJ Burnel, un français, veste en cuir, karatéka, qui balançait des coups de pieds et ce genre de trucs. Un soir des mecs du public m’ont traité de gros bâtard et je leur ai lancé un seau d’eau à la figure. Le lendemain ils m’attendaient en backstage pour me dire qu’ils m’adoraient et qu’on était amis pour la vie! C’est l’attitude rock’n roll, il ne faut pas rester spectateur.
S’ensuit une période de petits boulots à repeindre des appartements le jour et jouer avec des groupes la nuit.
Popa Chubby : Je détestais ça ! Et en 1989, beaucoup de bars ont ouvert à New York. Je me débrouillais à la guitare et je savais un peu chanter alors j’ai commencé à jouer en solo, parce que comme ça je pouvais faire 3 concerts par nuit.»
S’ensuivent 25 albums, 2 dvds de masterclass, environ 200 shows par an (Popa Chubby : J’ai une maison à New York tu sais, sauf qu’en fait j’habite à l’hôtel ! » ) et toujours une ouverture d’esprit dans sa façon de voir la musique, dans son rapport avec le public, dans l’envie de se renouveler, d’avancer pour rester dans « ce qui est vrai ».
Popa Chubby est une expérience désorientante à vivre absolument.
« Mais tu sais, vous avez aussi des bons guitaristes en France. Encore un peu de vin? J’ai fait des trucs avec Luuuis Bertignac. Et il y a mon ami Paul Personne. Et Personne en français il parait que ça veut dire ‘Nobody’! Hahaha ! Tu devrais m’apprendre le français. Enfin, Paul en fait il est Belge. C’est comme votre chéri, Johnny Hallyday, je le connais un peu lui aussi. Ben il est pas français, il est Belge. Mais bon, ici vous dites tous que c’est Elvis alors… »
Bon, autant mettre les choses au point dès le début de ce nouvel article. Monsieur Jack White n’a certainement pas besoin d’un petit Live Report de rien du tout, provenant du fin fond des égouts de la blogosphère franco-française, pour épauler son féroce arsenal de communication. Mais c’est en victime consentante et tout acquise à sa cause musicale que nous ne pouvions rater l’occasion de publier un papier aux petits oignons sur l’une de ses (trop rares) virées hexagonales. Même Kaa le pernicieux hypnotiseur du Livre de la Jungle de Kipling n’aurait pas fait mieux… C’est donc Mlle P.M, esclave de toutes les pérégrinations sonores du bonhomme de Nashville qui s’est jeté dans la gueule du loup à l’occasion de son show lyonnais du Transbordeur le 4 septembre dernier. Et selon nos dernières informations, il n’en aurait fait qu’une bouchée ! Voici la déposition que la maréchaussée aurait par la suite recueillie …
« En attendant devant le Transbordeur (Lyon), je visionne des vidéos de la dernière fois que j’ai vu Jack White, au concert des White Stripes en juin 2007. Mais ce soir, ce n’est ni les Stripes, ni lesRaconteursque je viens voir et je me demande… Que vaut-il tout seul? Dans quel univers va-t-il nous entraîner? La facilité serait de nous servir un « very best of » incluant les singles de son nouvel album, les classiques des Stripes, quelques succès des Teurs et une ou deux reprises dont il a le secret. Et ce serait top. Mais j’en attends un peu plus…
A l’ouverture de la salle le groupe Peggy Sue, chargé de la première partie, finit la balance sur scène. Dans un coin, le technicien de Jack White accorde et vérifie méticuleusement chaque guitare comme un mafioso qui graisserait son calibre.
Peggy Sue commence par nous proposer un combo intéressant : vocal/guitare ; vocal/guitare/caisse claire ; basse/caisse claire ; batterie. Du rock froid et lisse acidulé par deux voix féminines, techniquement parfait, mais quelque chose ne prend pas et l’envie semble manquer. Est-ce la balance à l’arrache, l’accueil tout juste poli du public ou le fait d’être entourés par les draps bleus de Jack?
Les chanteuses remercient Jack White et enchainent sur une reprise vocale de Hit The Road Jack (facile mais sympa). Encore une ou deux chansons pas très motivées et les musiciens sortent. Un mec à côté de moi me demande «Ca commençait juste à être bien non ? ». Oui, la dernière était de loin la meilleure !
A peine Peggy Sue avait fini que les roadies de Jack envahissent la scène. C’est une mécanique rodée que les fans du monsieur connaissent : costards et chapeaux noirs s’agitent pour préparer les instruments selon un rituel minuté. Seul petit changement : les cravates et bretelles rouges sont devenues bleu clair depuis Blunderbuss.
Enfin, Jack arrive et commence fort, vite, et saturé. Il regarde à peine le public et enchaîne Black Math et Sixteen Saltines. Check.
Les photographes officiels sont cordialement priés de partir par des roadies qui les poussent vers la sortie et le vrai concert commence : Jack a la voix fatiguée mais peu importe, il enchaine pas mal de chansons des White Stripes entouré par des musiciens hors pair.
Les musiciens sont autour de lui : batterie à sa droite, basse en retrait, violon et slide guitar derrière lui, piano et clavier à sa gauche. Il est au centre et le crew ne le quitte pas des yeux, attentif à tous les signes.
Les instructions sont rapides, un oui de la tête : commence un solo, un regard : chante à ma place, un geste en l’air : stop!, une tape sur l’épaule : laisse-moi ton piano, un geste vers les coulisses : une violoniste entre en scène. Parce que les filles des Peacocks sont toutes là en backstage, Jack choisit le jour même avec qui il jouera le soir : son groupe masculin ou féminin.
Il s’impose en chef d’orchestre, chaque musicien est un instrument à part entière et il lance sans arrêt des instructions, chacun doit suivre et est récompensé par de grands sourires.
Jack White s’éclate.
Content de sa musique, il est à fond –rock et sexy- , lance des grands « YEAH » et chambre le public.
Il explique qu’il sait que les français détestent la country depuis toujours, alors il va en jouer pour qu’on puisse passer à autre chose.
Le concert a été épique, tout s’est passé à une vitesse fulgurante, trimballés entre Love interruption, une version de Dead Leaves and the dirty ground au piano, un Hotel Yorba en evil country, Top Yourself, Hello Operator, Freedom at 21 gras et saturé, et Seven Nation Army version light – pour la route.
Pas de rappel, mais le public est ravi. Jack a fait le tour de son répertoire et de ses différentes facettes et formations sans servir un « very best of » au public lyonnais. Jack White, grand architecte de son propre univers.... Juste Parfait. »
Ponsonby c’est un peu le Camden londonien en plus petit et
plus éparse. Beaucoup plus petit et infiniment plus éparse. Mais il y a aussi
quelques briques, quelques bars et quelques salles de concert. Certaines snob
et certaines crades. Et j’ai eu l’occasion de voir les Eversons (projet Lil Chief Records de Mark Tuner, des Little Pictures) monter à la
capitale pour donner un show sur une scène justement à mi-chemin entre la boue
et le vin blanc.
Est-ce qu’Auckland est une ville envahie de quadragénaires avinés
aux cépages West Coast ? C’est encore l’impression que me renvoie le
Golden Dawn, une semaine après avoir vu Princess Chelsea tenter de sauver du
coma les quelques épaves moribondes échouées dans le hall du Musée national.
Mais une fois passé l’intérieur du bar, l’immense
arrière-cour rassure un peu le jeune en soif d’énergie et d’air frais. Le staff
a eu l’excellente idée de ne laisser découvert que le devant de la scène,
histoire de stimuler les fans par la pluie glaciale et la bourrasque.
En première partie, un groupe undergroud, en dessous de l’underground,
avec des pulls en laine trop larges, des cheveux dégueus et des bonnets
effilochés comme en 1991. Ils s’appellent Poor You Poor Me et ils sont assez
mauvais. Certaines chansons auraient pu être intéressantes si le bassiste avait
su régler son ampli et si la chanteuse n’était jamais venue au monde. Et si la
sono avait été réglée 150 décibels plus bas pour éviter de me rappeler que j’ai
des acouphènes, que j’oublie toujours les bouchons pour les concerts et que je
ne me suis jamais dit que certaines choses n’arrivaient qu’aux autres comme le
prétendent les campagnes de prévention à chier mais que pourtant je risque de
finir comme les épouvantails des prospectus si je continue.
Peu de gens accordent de l’importance au groupe, mais
impossible de dire quel paramètre entre la qualité artistique et la météo a le
plus joué. Un DJ sapé en bad boy des fifties comble le vide de la transition
par un mix de jazz vocal et de hardcore, me prouvant avec surprise que le
premier groupe n’a pas détruit les enceintes.
Puis enfin viennent les quatre fringants musiciens des
Eversons. Straight from Wellington. Mieux valait qu’on connût les chansons
avant de les entendre en live, mais une fois ce pas franchi…
A quatre sur 2m², ils balancent leur disque avec une
rapidité, une frénésie et une pêche inégalées, faisant trembler le sol en carton
et manquant de s’éborgner entre eux avec les manches de guitares. Tout est mal
foutu : la balance, le son, la scène. La pluie battante parachève le
tableau apocalyptique. Le groupe qui en CD nous avait proposé une pop
gentillette et lumineuse s’est transformé par le truchement de quelques
incompétents en crew de post punk/hardcore, couvrant les quelques bribes de
cris par des nappes de saturation infâmes. Mais pour qui connaissait leur
musique avant, c’est bien. Formidable même, car le dévouement et la bonne humeur des quatre membres est saisissante, autant que la fraîcheur et la puissance de leurs compositions. Le jeu est de deviner quelle mélodie est jouée à
quel moment, ce n’est pas toujours facile mais les musiciens nous donnent des
indices de temps en temps, quand l’un d’entre eux cesse de jouer ou quand ils
annoncent un morceau par exemple.
Peut-être faut-il choisir entre qualité sonore et
authenticité ? Si c’est le cas, l’arbitrage de ce soir-là est sans doute
le bon, car s’il n’y a pas toujours eu le plaisir de la musique, il y a eu le
plaisir de l’esprit du rock. Celui qui réunit n’importe qui n’importe où pour
la plupart du temps n’importe quoi et qui fait fi des considérations techniques
pour toucher à l’essentiel : l’énergie créatrice. Et là, aucun regret :
les Eversons font du rock and roll, et la boue l'a emporté sur le vin blanc.
Pas besoin de
rappeler la nécessité de l’O2 qui nous permet de gesticuler et gambader
sur notre Eden terrien depuis quelques milliers d’années ! Et puis
sans l’H20 comment ferions nous pour concocter les cocktails gorgés
de fruits et de fraicheur sans lesquels la vie ne serait qu’un bref marathon
sans le moindre ravitaillement ? Toutefois gare au pernicieux CO2 qui
grignote la couche d’ozone et menace de faire fondre le joli petit igloo de
notre ami l’Eskimo… Bref, si le monde tourne c’est grâce à la chorée-géante de
ces petites molécules championnes des chiffres et des lettres. Place maintenant
à une nouvelle venue particulièrement facétieuse, dont même votre prof de
physique n’a jamais entendu parlé : O2N…
Cette molécule d’un
nouveau genre qui voit le jour dans la région de Bordeaux s’est chargée de
rajouter une case pour le Rap dans la fameuse table des éléments de Mendeleïev.
Constituée de quatre atomes fondamentaux -
Al, Jako, Merlin, DJ Loodjeez et K-Price - elle est très vite infectée par le virus des
mots et mute en 02zen puis en ODEZENNE. Dotée d’un flow acéré, adepte de la phrase qui
tue, la monomaniaque sale bébête n’aura qu’un objectif : prendre le
contrôle de votre chaîne hi-fi à grand coup de figures de styles ravageuses et
d’instrus tonitruantes…..
On s’est retrouvé nez
à nez avec deux de ces atomes, Merlin (comme l'enchanteur) et Al (comme le gros bouton rouge mégalo de 2001 L'Odyssée de l'Espace) en marge d’une de leur mission
d’évangélisation, à l’occasion du Festival l’Eté à Pau. Petit debrief de l’accrochage
…
Salut Odezenne !
Si vous étiez une bande de publicitaires
sans scrupule quels serait le slogan qui qualifierait le mieux Odezenne pour les
néophytes ?
Al : « Vas te faire foutre toi et ton
rap ! »
Merlin : Ouaiiiiiiis ! Ca c’est bon…
Votre musique semble
être l’antithèse du rap us. Pas de bagouses, pas d’instrumentation hip hop
bling bling. Vous êtes un peu des ascètes du rap ?
Al : Comme les moines ? Ah ouais ça c’est tout à
fait nous ! On habite dans une grande maison à Bordeaux, tous ensemble. Et
c’est vrai qu’on fait notre musique avant de se demander si c’est du rap. Donc
des fois ça donne des choses rap parce qu’on en est tous nourri. Et des fois ça
donne des choses à coté… Mais qu’on assume pleinement parce qu’on a une logique
de groupe. Là il y a juste
Merlin et moi.
Merlin c’est lui qui fait les progs
et c’est un peu le poumon du groupe. Il amène pas mal d’oxygène. Ce qu’on fait
c’est tout sauf rap quoi, c’est de la musique !
Merlin: C’est de la musique rap… C’est de la rap music…
C’est de la rap music à la française !
Al : Nan, mais voilà, à la base on est des potes et on
fait notre délire. On fait du son depuis longtemps ensemble, même avant
qu’Odezenne soit créé. Et quand on fait des morceaux ensemble, c’est vrai que
tout ce qu’on essaye de faire c’est de s’épater les uns des autres. On a tous
de l’estime dans ce que chacun fait ; Jako dans ses textes par exemple… Et
du coup, on essaye de se surprendre et ça donne des choses… Et voilà ! C’est Odezenne.
Ok, ca c’est Odezenne
sur scène …
Al : Ah non ! Ca c’est Odezenne sur disque. Parce que
Odezenne sur scène c’est un peu différent. C’est plus un mélange de bière, de
Whisky et de parenthèses de la vie !
Même sur la scène
française vous êtes à des années lumières des codes classiques. Ainsi parmi vos
références on retrouve France culture, France inter ou le Montreux Jazz Festival… Vous ne feriez pas du rap pour bobos ?
Al : Ah ouaiiiis ! Ca j’aime bien alors !
Merlin : Nous on fait de la musique pour nous… Que ca soit
un minou de 16 ans qui vient me dire que ça le fait, que ça rap ou que je me
fasse inviter à France Culture tant qu’on me dit que c’est cool ca me rassure.
Al : Moi sincèrement, j’ai du mal à saisir le concept de
bobo, parce que c’est un peu galvaudé tu vois. Tout le monde l’utilise. Sois
t’es un mec normal, sois t’es un bobo. Et il y a un coté un peu « ne pas
avoir conscience des réalités de la vie ». En pour ca moi je suis pas du
tout d’accord parce que notre rap, il est quand même imprégné d’une espèce de
surconscience de ce qui se passe dans la vie d’un homme. Que ce soit l’amour ou
la place dans la société, que ce soit tout cela… Aucun de nous n’est
privilégié, on est tous issus de classes moyennes et on parle de ce magma moyen
dans lequel vivent plein de gens en France. Moi je ne suis pas parisien, je ne
sais pas ce que c’est les bobos, mais je suis ravi si je leur parle. Et tout ce
qui est hype ou lié aux mouvements de mode moi ça me fait très peur ; nous
on n’aime pas être catalogués. Voila on n’a pas de logo, notre premier album il
ne ressemble pas au deuxième et il ne ressemblera pas au troisième. Donc si tu
penses nous avoir cernés aujourd’hui, on te prouvera le contraire demain. (Satisfait) C’est beau ca hein ? Putain
j’ai de ces coups d’inspis ce soir!
La richesse de votre
flow est assez jouissive. Jeux de mots, clins d’œil, c’est aussi un véritable
festival pour les figures de styles. Vous ambitionnez de rafler une chaire à
l’Académie (Française) un de ces jours ?
Merlin : (explosant de rire) Une quoi ? Ah une chaise
tu veux dire !
Al : Bah écoute moi j’y ai jamais pensé ! Mais pour
Jako ca serait quand même une belle revanche sachant qu’il a quitté l’école un
peu tôt. Mais d’un autre coté je le connais, il en a un peu rien à foutre. Et
moi personnellement, bah ca ferait plaisir à mon grand père. L’Académie
Française nous concerne plus Jako et moi quoi ! Mathia, il fait la musique
et donc lui ce serait plutôt je ne sais pas … l’Orchestre National de
Vienne !
La nouvelle édition
de votre album OVNI (ndlr: pour Orchestre Virtuose National Incompétent) est carrément rebaptisé Louis XIV… La soucoupe volante se transforme en soleil… N’auriez-vous
pas quand même un peu pris la grosse tête ?
Al : (Catégorique) Non, on n’a pas pris la grosse tête !
En fait Odezenne c’est un mélange entre une grande confiance de ce qu’on fait
et une perpétuelle remise en question. Et par exemple, pendant la dernière
répète qu’on a fait hier on s’est dit « mais putain c’est des purs
morceaux, c’est pas possible que ce soit nous qui ayons fait ça ! ».
A coté, la semaine d’avant on écoutait les mêmes morceaux en se disant
« Putain mais c’est carrément pourri… Qui est ce qui peut écouter
ca ? ». Tu vois ce que je veux dire ? Donc la grosse tête je
peux te dire froidement non ! parce qu’on est quand même persuadés que ce
qu’on a fait c’est pas terrible. Par contre le Roi Soleil c’était plus pour se
dire qu’on va essayer de faire quelque chose qui va durer dans le temps. Moi si
j’ai un, deux ou trois morceaux qui restent dans le temps - comme je peux réécouter
de vieux Gainsbourg ou des trucs qui n’ont pas pris une ride- franchement je
serais ravi. Au jour d’aujourd’hui je ne suis pas sûr d’avoir produit un de ces
morceaux. Mais c’est un peu le but pour nous. Donc dans ce sens, on a peut être
un peu la grosse tête, parce qu’on prétend pouvoir faire quelque chose qui
reste.
Merlin : Et puis le Roi Soleil ca le fait bien quand
même !
Parlons un peu 7ème
art maintenant. Vos clips sont particulièrement bien léchés. Des petits bijoux
cinématographiques, à la fois très esthétiques et dotés d’une vraie narration.
Si on vous offrait carte blanche pour faire un film, ca serait quoi, avec qui
et ou ???
Al : Alors cette question elle est difficile parce que…
Merlin : On ferait un film de cul !!!
Al : (rire gras) Merlin ferait un film de cul… Moi non.
Nan mais en fait cette question elle est difficile parce que tout le travail
des clips on le fait en collaboration avec des jeunes réals et avec des équipes
entières aussi. Je pense à Oktome, c'est des mecs de Paris; je pense à Vladimir Mavounia-Koukac’est un type avec qui on a
fait le dessin animé de Dedans; je
pense à Céline; à Undi Lee, lui c’est un coréen avec qui on va sortir un clip de fou en
septembre. Et on a complètement carte blanche parce qu’on produit tous
nos clips. Là-dessus on a aucune contrainte on fait ce qu’on veut. Donc si un
jour on fait un film, je pense qu’au niveau du sujet, il y aurait forcément du
cul, il y aurait obligatoirement une remise en question du modèle de société parce
qu’il y a des choses qui nous vont pas et qu’on aime bien montrer du doigt. Je
pense qu’on revisiterait peut être le complexe d’Œdipe. Tu vois genre un mec
qui chat sur internet, il rencontre une nana, il l’a baise gavé et après il se
rend compte que c’est sa mère et il bute son père… Ca a du déjà arriver en France.
Merlin : Ca c’est une bonne idée à garder !
Par contre si l’on
devait décerner la victoire de la musique dans la catégorie optimisme ce n’est
certainement pas vous que l’on choisirait ! Un peu déprimés, carrément
cyniques…. Mais pourquoi sont-ils si méchants ????
Merlin : C’est pas forcément triste ! Ce sont des
choses profondes. Beethoven disait « le mode mineur c’est pas forcément
triste… ». Et Il y a plein de joie dans leurs textes. Ce ne sont pas
forcément des moments « biens » ou « pas biens », mais des
moments « forts » avant tout. Et quand c’est « fort » bah
c’est « bien » et c’est tout ! Le mort de quelqu’un c’est fort,
c’est bien…, ca fait chier mais tu t’en souviens toute ta vie.
Al : J’ai pas grand chose à rajouter à cette superbe réponse.
Non, mais c’est vrai qu’il faut rajouter que dans la vie de tous les jours on
est tout le temps en train de se marrer et donc c’est un grand paradoxe …
Merlin: (le coupant et finissant la phrase) : Parce qu’on
sait que c’est la merde !
Ce soir vous avez joué dans un théâtre de verdure…. Un peu comme les tribuns antiques qui
haranguaient les foules à Athènes ou Rome pour les convaincre. Le rap a-t-il un
rôle politique et de revendication au sens large ?
Al : Si bien sûr. C’est vrai que sur certain morceaux
qu’on a joués ce soir : Assez, ensuite il y a eu Dedans,
ensuite il y a eu Existe petit bout de rien. Sur les quinze qu’on a joués, on estime
avec ces trois morceaux faire le tour, au moment ou je te parle, de cette
question politique. Et évidemment, si le rap nous a séduit, à la base c’est
parce que c’est des morceaux où tu peux dire autre chose que juste une histoire
d’amour ou une histoire de je ne sais pas quoi… Nous on veut s’inscrire dans
une époque et regrouper des gens que cet aspect politique intéresse. Moi, je ne
prétends pas apprendre quoi que ce soit à personne ni faire des textes de fous.
Ce qu’on dit, ce sont des choses basiques et forcément sur chacun de nos albums,
on aura un morceau qui se positionnera comme ca. Après, on a aussi fait le
choix de ne pas faire que cela parce qu’on a l’ambition de faire de la musique
et que la musique ce sont aussi d’autres sentiments et pas mal d’autres
choses. Mais bien sûr, cet aspect là du
rap me plait beaucoup. Et d’ailleurs, j’ai envie de dire qu’aujourd’hui il n’y
a plus que ca qui me plait dans le rap !
Ainsi si on pense à
vous dans un futur gouvernement, quels serait le nom et les prérogatives de
votre ministère ?
Al : Elle est pas mal son interview quand même ! On
aurait eu tort de pas la faire (rire) ! Bah moi je ferais le ministère de
la baiiiiiiiise…
Merlin : Moi je ferais le ministère de la cohésion sociale…
Al : Nan mais merde, la cohésion sociale dans la
baise ! La baise dans la cohésion sociale ! Nan mais quand même ce
qui nous reste quand même c’est ce petit moment privilégié ou tout s’efface et
ou deux personnes ne font qu’un.
Merlin : Nan, on va faire un ministère des bonnes idées.
Al : Ouais, ca c’est pas mal, mais c’est quand même
vachement ambitieux.
Merlin : Attention je ne dis pas que j’en ai, je dis juste
que je le lancerais.
Et comment ca c’est
passé avec le citoyen béarnais ce soir ?
Merlin: C’était hyper bien !
Al : Ecoute on a eu un peu peur quand on est arrivé
parce que c’était un peu disséminé dans le Théatre de Verdure, mais au fur et à
mesure ca s’est remplit, surtout devant et ca a beaucoup crié. Ca nous a soutenu
grave et au final on a passé un très bon concert. On a senti que les gens étaient
contents et nous ça nous suffit.
On peut vous poser
une question un peu intime ? Quelle sont les morceaux et groupes les plus
inavouables qui se cachent dans vos mp3 ?
Al : Inavouables… Dur…
Merlin : Ah si ! Moi inavouable j’aime bien le morceau
de Goldman qui fait …
Al : Ah nan !
Merlin: Le truc africain là qui fait « hé ho hé
hoooooooooo héééééééééé lalalalalalal ! » (il part dans un délire
vocal que la décence nous interdit de retranscrire dans son intégralité). C’est
hyper bien sérieux ! Mais ca le fait pas du tout d’aimer ca. C'est A nos actes manqués!
Al : Ah ouais c’est hyper bon, j’adore ce morceau et
j’ai rien d’autre à ajouter.
Dans le clip de Tupuducu vous jouez aux cartes ; on
retrouve une carte de tarot en pochette de Louis XIV…
Al : (dégouté)
J’étais même pas sur les cartes (cf clip) et en plus j’ai jamais fait de
tarot!
Bref, vous avez donc surement déjà du avoir
affaire à une cartomancienne ; Qu’a-t-elle prévu pour l’avenir
d’Odezenne ?
Al : Elle nous a soufflé le slogan de ce publicitaire sans
vergogne du début de l’interview « Va te faire foutre toi et ton
rap ! » et alors on essaye de s’y atteler. Et voila la boucle qui est
bouclée !
Parce qu’à
l’heure des comptespremiums et des
applis payantes le marketing est passé maitre dans l’art de jongler avec nos
frustrations… On en veut toujours plus et on n’en aura jamais assez !
Désaccords Mineurs aussi s’adapte… Mais, Grand prince, avec les petits extras de Bonus Tracks vous gagnerez davantage
sans rien devoir débourser. Au
programmes : interviews décalés, Live reports incongrus…. et pas mal
d’autres surprise…Encore mieux que les
cadeaux du paquet de Chocapic !
Live report : Goodshirt, la place de concert à 1000 balles
Vendredi soir j’étais à Auckland et il y avait un concert de
Good Shirt au Bacco Room. Ils n’ont pas joué ici depuis 2004, à l’époque de
Fidji Baby, donc c’était une assez bonne occasion d’aller les voir. En
Nouvelle-Zélande, Good Shirt est l’un des groupes indépendants jouissant de la
plus grande popularité et de la plus ample promotion, en dépit de leur faible coefficient
d’exportation ; ils font la une des magazines culturels distribués dans la
rue et l’affiche de leur nouvel EP Skinny Mirror recouvre pas mal de devantures
de magasins de musique. C’est une assez bonne surprise.
Le groupe se produit dans une salle appelée donc le Bacco
Room, qui en fait de salle de concert est plutôt l’extension d’un restaurant
italien bobo à souhait, avec des tables à nappes blanches, bougies et bouteilles
de Sauvignon dans les coins, contredisant ma première impression lors de l’entrée
en sous-sol qui se fait par un sordide escalier, très underground, rampant dans
un bas côté de la très peu engageante Nelson street. Le public est clairsemé et
essentiellement quinquagénaire, je fais un rapide calcul mental pour vérifier
que les membres du groupe ne peuvent pas avoir le même âge, peu rassuré par le
prix et le goût de la bière qui avoisinent le business model des terrasses du 7ème
arrondissement.
Un premier groupe, She’s So Rad, arrive sur scène. Un duo
mixte avec guitare, boîte à rythmes et synthé chip, qui entame un set de dream
pop au son très écorché, aux mélodies assez intéressantes mais peu propices à
la représentation scénique. Même si ça réveille les acouphènes, ça reste
plaisant, mais le public et les fans sont absents ; les verres de blanc
sont en supériorité numérique face aux bouteilles de bière, et l’ambiance est
plus proche d’une soutenance de thèse que d’une débauche shoegaze du weekend.
Les choses s’arrangent nettement à l’arrivée de la seconde
première partie. Un dénommé Tom Lark, fraîchement débarqué de Christchurch,
attaque une heure entière de brit pop. Jamais entendu parler de lui de près ou
de loin, d’où un plaisir décuplé à l’écoute de chacune de ses compositions,
toutes excellentes et accrocheuses, très proches de ce que les Eversons ont
produit récemment. Le groupe est calé, le son est de qualité et les fans sont
là. Les lignes mélodiques du synthé font mouche, comme la voix de M. Lark, très à l’aise dans
son registre. Probablement la meilleure première partie que j’aie vue avec
Alt-J.
Le groupe
s’efface en annonçant Good Shirt, excitant un public qui a perdu quelques décennies.
Un quart d’heure s’écoule, puis une demi-heure… Attente anormale et assez
pénible, quoiqu’adoucie par la diffusion d’Arcade Fire et de Modest Mouse. Le
public s’est encore densifié et échauffé, et lorsque les lumières s’éteignent,
c’est sous un brouhaha d’acclamations que Good Shirt arrive enfin sur scène...
Le groupe
attaque par Blowing Dirt, Place To Be et Buck It Up, annonçant le niveau de la
prestation. Le son est parfait, l’interprétation sublime, l’énergie totale.
Rodney Fischer, le chanteur, est fou. Il se trémousse et se roule par terre, se
donnant à 200% sur chaque chanson, ne pouvant à aucun moment effacer son
sourire et sa joie de jouer, tripant avec Gareth Thomas, comme deux adolescents
qui se préparent à faire un canular.
Les
titres de Good et Fidji Baby s’enchaînent quasi intégralement, entre power pop,
ballades et essais plus sombres (Dumb Day) entourant les quelques petites
nouvelles de l’EP, qui me font comprendre que je ne l’ai pas encore assez
écouté. Batterie syncopée, guitare électrique subtile qui se pose par fines
touches pour renforcer le rythme des morceaux, synthé passant de grosses basses
analogiques à de fines lignes mélodiques (il n’y a pas de bassiste).
Good Shirt est un groupe professionnel, et lorsqu’ils
entament Sophie ou Fidji Baby, l’accompagnement des fans indique bien que leur
notoriété n’a en rien baissé malgré les presque dix années d’inactivité. Au
bout d’une heure et demie, le groupe fait mine de partir, mais ne tient pas
une minute en backstage avant de revenir jouer les phénoménales Green et Mousey
dans un bordel total. Je pars à une heure du matin dans le froid de l’hiver
austral, convaincu que les concerts parfaits existent.